Les dialogues couvrent tous les aspects de la vie quotidienne des élèves. Quelques-uns comportent en plus une morale chrétienne pour les enfants. Ainsi, les deux dialogues qui suivent traitent d'une forme de cupidité mais aussi de ce qu'implique la foi en la Providence divine dans la manière de se livrer ou non aux jeux de hasard. Ces leçons sont mises à la portée des élèves. Ceux-ci n'ont pas beaucoup d'affaires à eux mais ils peuvent en gagner... ou en perdre !

1. Une récompense à sa mesure (Livre I, Colloque XLIV)

Les meilleurs des élèves étaient récompensés pour leur travail, mais comment ? Lisez le dialogue pour le découvrir !

Personae : Giraldus, Eliel

GIRALDVS : Qui sunt uictores hac hebdomade ?
ELIEL : Vbi eras cum rationes redderentur ?
GIRALDVS : Accersitus a patre fueram. Sed qui sunt uictores ? Dic sodes.
ELIEL : Ego et Puteanus.
GIRALDVS : Iamne habuistis praemium ?
ELIEL : Habuimus.
GIRALDVS : Quodnam ?
ELIEL : Duodenas iuglandes.
GIRALDVS : Hui ! Quale praemium !
ELIEL : Eho inepte, aestimas ergo praemium ex rei pretio ?
GIRALDVS : Hic nihil aliud uideo aestimandum.
ELIEL : Sordidus es qui lucro sic inhias. Non meministi uerbum praeceptoris ?
GIRALDVS : Quod uerbum ?
ELIEL : Non lucri sed honoris causa datur praemium.
GIRALDVS : Nunc reminiscor, quasi per nebula, posthac ero diligentior.
ELIEL : Sic tandem sapies.

Aide à la traduction

Cum redderentur : Connaissez-vous la structure cum + subjonctif ? Qu'implique l'utilisation du subjonctif imparfait plutôt que du plus-que-parfait ? Réponse.

Aestimare ex + ablatif : Quel est le sens de aestimare ici ? À votre avis, quel pourrait être le sens du complément introduit par la préposition ex dans ce cas ? Réponse.

Ce que vous avez compris correspond-t-il à l'argument du dialogue proposé par Maturin Cordier ?

Argumentum : Praemii paruitas contemnitur a sordido. Praemium non lucri sed honoris causa datur.

Les deux élèves mis en scène ont deux caractères bien différents. Selon vous, en quoi cela sert-il les objectifs pédagogiques du dialogue ?

Néanmoins, on peut remarquer que l'élève marqué par une forme de cupidité se repent à la fin du dialogue. Remarquez ce qui fait changer l'élève d'avis. Qu'en déduire sur l'un des buts de l'école de la Renaissance, en particulier auprès des enfants en bas âge ?

2. Plaisir de jouer, et non de gagner (Livre II, Colloque XXVIII)

Le dialogue suivant pourrait constituer une suite du précédent, mais avec des noms de personnages différents. Voici son argument :

Argumentum : Inuitatio ad lusum. Euentus ludi. Quicquid nobis accidit, est boni consulendum. ditare aliquem solius est Dei. Spe lucri non est ludendum. Ethnicorum doctrina de fortuna. Admonitio careat odio et inuidia. Solus Deus est cordium scrutator. Exemplum admonitionis mutuae.

Cet argument liste les sujets évoqués dans le dialogue. Voici maintenant le texte :

Personae : Dominicus, Barrasius

DOMINICVS : Vbi sunt iuglandes tuae ?
BARRASIVS : De quibus loqueris iuglandibus ?
DOMINICVS : Quas hodie ex praemio accepisti.
BARRASIVS : Vbi sint rogas ? Quasi uero tibi seruare debuerim.
DOMINICVS : Non sic intellego, sed quaero quid feceris.
BARRASIVS : Edi in merenda.
DOMINICVS : Edisti miser ? Cur potius non seruabas ad ludendum ?
BARRASIVS : Edere malui quam perdere.
DOMINICVS : Non poteras perdere nisi duodecim.
BARRASIVS : Fateor.
DOMINICVS : Quod si sors tulisset, potuisses ducentas aut fortasse plures lucri facere.
BARRASIVS : Dubius est, ut uulgo dicitur, ludi euentus.
DOMINICVS : Quid tum ? Vbique parati esse debemus in utramque partem, et boni consulere quicquid nobis euenerit.
BARRASIVS : Istud ego scio, sed non sum admodum ludendi peritus in eo genere.
DOMINICVS Abi, nunquam rem facies.
BARRASIVS : Nemo rem facit nisi Deo uolente, nec ego ditari ex ludo uelim.
DOMINICVS : Ergo (ut uideo) quaerendus mihi est collusor alius.
BARRASIVS : Nihil sane impedio. Sed mane parumper.
DOMINICVS : Quid uis ?
BARRASIVS : Quid tu uocas sortem, de qua hic mihi mentionem fecisti ?
DOMINICVS : Ipsam fortunam.
BARRASIVS : Quid autem est fortuna ?
DOMINICVS : Stultorum opinio.
BARRASIVS : De fortuna quid opinantur stulti ?
DOMINICVS : Nunc mihi non uacat de hoc tibi respondere, sed uide annotationem praeceptoris in Catonem.
BARRASIVS : In quem locum ?
DOMINICVS : In illum uersiculum, indulget fortuna malis, ut laedere possit.
BARRASIVS : Vt uideo, non ignoras quid sit fortuna.
DOMINICVS : Satis scio fortunam nihil esse.
BARRASIVS : Cur ergo dixisti « quod si sors tulisset » ?
DOMINICVS : Excidit mihi sic loqui Ethnicorum more. Nam eorum libri, ut saepe docet praeceptor, pleni sunt eiusmodi impia doctrina.
BARRASIVS : Nihil mirum : nempe illi ueram Dei cognitionem non habuerunt.
DOMINICVS : Sed audi mi Barrasi. Si uis amplius disputare, quaere tibi alios disputatores, nam mihi nunc serio ludendum est. Volo tamen prius te uicissim admonere.
BARRASIVS : O quam gratum mihi feceris !
DOMINICVS : Nonne tu dixisti haec uerba « Dubius est ludi euentus » ?
BARRASIVS : Fateor me dixisse, sed praemuniui.
DOMINICVS : Quo modo istud intelligis ?
BARRASIVS : Addidi enim haec tria uerba, ut uulgo dicitur.
DOMINICVS : O astutam uulpeculam ! Os occlusisti mihi. Sed haec inter nos sine odio aut maleuolentia dicta sint.
BARRASIVS : Nouit Deus utriusque animum.
DOMINICVS : Est enim ille solus cordium scrutator. Sed quid tu ? Vis hic solus otio torpescere ?
BARRASIVS : Cogito quo lusu me exerceam.
DOMINICVS : Quasi uero sit diutius cogitandum. Age, sequere me, dabo tibi mutuo iuglandes.
BARRASIVS : Amice nunc loqueris, sed quando reddam ?
DOMINICVS : Ad Calendas Graecas, si non potes citius.
BARRASIVS : O festum caput ! Eamus.

Aide à la traduction

Exerceam : Quel est le mode de ce verbe ? Pourquoi un subjonctif ici ? Quel sens a le temps employé ? Réponse

Euenerit : Quel est le temps et le mode de ce verbe ? Comment le traduire ? Réponse

Velim : Pourquoi ce subjonctif ? Réponse

3. Pour conclure

La pédagogie, à la Renaissance, est en quête d'alternative aux seuls châtiments corporels comme moyen de faire travailler les élèves. Elle joue ainsi sur l'émulation, déjà prônée dans l'Antiquité par l'auteur latin Quintilien dans l'Institution oratoire , qui en quelque sorte la « Bible » des pédagogues humanistes. Dans les écoles suisses où Cordier a enseigné, les meilleurs élèves sont récompensés chaque semaine, à l'aide notamment de noix qui leur sert à jouer.

Dans les deux dialogues présentés dans cette page, Cordier met en scène deux élèves aux caractères contrastés, ce qui donne de l'intérêt au dialogue et ajoute à sa valeur pédagogique. Ainsi, dans le deuxième dialogue, Barrasius est marqué par une forme de gourmandise et de volonté de profiter des bonnes choses quand elles se présentent, alors que Dominicus est plus tenté par l'audace de jouer un gain à pile ou face, quitte à tout perdre. Cette différence de caractère devient le support d'un enseignement moral et religieux sur la juste manière, comme chrétien calviniste, de s'en remettre à la seule volonté de Dieu.

On remarque en outre l'ambivalence de l'éducation délivrée par rapport aux auteurs antiques. Ils constituent assurément le fondement de l'enseignement du latin, tel ici « Caton », cité à travers les fameux Distiques qui lui sont attribués et qui constituent un classique de l'enseignement du latin depuis l'Antiquité. Mais des réserves sont émises à l'égard des auteurs de l'Antiquité, dans la mesure où ils appartiennent à la culture païenne, et non chrétienne. Des notions comme celles de Fortune et de sort, courantes dans les textes antiques, font l'objet de mises en garde pour leur incompatibilité avec la croyance chrétienne en la providence divine. Dominicus, en bon élève, répercute la leçon du maître à cet égard.

Par Jules-Emile Bocquet
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