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Pline le Jeune

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Cette page vous propose de découvrir la vie et l'œuvre de Pline le Jeune, homme politique et écrivain typique du Ier siècle ap. J.-C. Comme la notice biographique, rédigée par l'humaniste Giovanni Maria Cattaneo et reprise dans son recueil par Jean de Tournes est extrêmement longue, seuls certains passages, accessibles à des latinistes encore débutants, sont retenus. Ils sont accompagnés de notes pour faciliter la compréhension et mis en relation, au fur et à mesure, avec des illustrations et des textes complémentaires.

Pline le Jeune
PLINIVS SECVNDVS NOVOCOMENSIS PHILOSOPHVS ORATOR HISTORICVS

Enfance et jeunesse de Pline

Lisez le texte latin

Plinius Iunior sub Nerone natus est. Patria Nouocomensis fuit, L. Caecilii filius, et historici Plinii ex sorore nepos, a quo per adoptionem familiae eius insertus. Praeceptores Fabium Quintilianum et Nicetem Sacerdotem habuit. In Syria tribunus militum, Euphratem philosophum audiuit. Puer admodum comoediam Graecam composuit, elegos et heroicos aliquando pangens.

Quelques éléments de commentaire :

  • Pline est originaire de Côme, Patria Nouocomensis fuit. Côme, Comum ou Nouum Comum en latin, est un municipe d’Italie du Nord. Pline resta très attaché à sa cité de naissance, en atteste par exemple la lettre 13 du livre IV, dans laquelle il projette de fonder une école à Côme. La cité bénéficia donc de la générosité de Pline. En échange, Côme sut se montrer reconnaissante envers Pline, qui est représenté en statue sur la cathédrale de Côme. Sur le médaillon, NOVOC est l'abréviation de Nouocomensis.
Pline Notice 1
Statue représentant Pline le Jeune,
Cathédrale de Côme
  • Par sa mère, Pline est le neveu du déjà célèbre Pline l’Ancien qui l’adopte après la mort de son père alors qu’il est encore enfant : historici Plinii ex sorore nepos, a quo per adoptionem familiae eius insertus. L’adoption entraîne un changement de nom : C. Caecilius Secundus devient C. Plinius Caecilius Secundus, plus connu sous le nom de Plinius Minor, Pline le Jeune
  • Pline poursuit son éducation à Rome auprès des plus grands maîtres de l’époque. Parmi eux, Quintilien, le célèbre professeur de rhétorique auteur de l’Institution oratoire, et le rhéteur Nicetes Sacerdos. Ces maîtres et l’éducation reçue ont durablement marqué le style de Pline. Alors même qu’il a déjà commencé sa carrière civique, Pline poursuit son éducation philosophique à l’occasion d’une mission en Syrie : in Syria Tribunus militum, Euphratem philosophum audiuit. Nous sommes en 81, Pline est tribun militaire, dans la 3ème Légion. Il rencontre le philosophe stoïcien Euphrate dont il suit les leçons, c’est le sens du verbe audiuit. Cet intérêt pour la philosophie, partagé avec nombre de jeunes Romains de la bonne société, justifie peut-être le titre de Philosophus que l’on peut restituer sur le médaillon.
  • Les premières compositions de Pline: le texte souligne le jeune âge de Pline, puer admodum. Le jeune homme touche à plusieurs genres littéraires : la comédie, comoediam Graecam composuit, l’élégie, elegos, et la grande poésie avec les vers héroïques, heroicos. Tous ces vers de jeunesse, que Pline évoque dans sa correspondance[1], sont malheureusement perdus pour nous.

La carrière politique de Pline :

Lisez le texte latin

Integerrimam vitam uixit, non sine summorum uirorum exemplo. Anno aetatis suae uicesimo dicere in foro coepit et in senatu plures grauissimas causas egit. Caesaris quaesturam, Tribunatum plebis, Praefecturam aerarii, Aemiliae viae et aluei Tyberii curam, Auguratum, Consulatum summa fama et pari integritate administrauit.

Aide à la traduction : le superlatif

Cette phrase, qui présente la carrière politique de Pline le Jeune en des termes élogieux, contient plusieurs superlatifs. Quelques rappels grammaticaux sur la formation et l'emploi des superlatifs en latin.

  • Pour la plupart des adjectifs, le superlatif se forme en ajoutant le suffixe -issimus au radical de l'adjectif : grauissimas vient de l'adjectif grauis, is, e: radical grau + issimus, a, um
  • Les adjectifs terminés en -er au nominatif masculin singulier adoptent une forme en -errimus, -errima, -errimum, composée à partir du nominatif masculin singulier : integerrimam vient de l'adjectif integer : integ + errimam
  • Certains adjectifs, très courants, ont un superlatif dit irrégulier. Dans cette phrase, il n'y en a pas, mais ce sont des adjectifs très courants: bonus, magnus, paruus ...
  • summorum et summa, de summus, a, um, est un adjectif qui n'existe qu'au superlatif

Les superlatifs se déclinent comme les adjectifs de la 1ère classe. 

On traduit un superlatif absolu par "le plus" ou "très", "extrêmement". 

Pour en savoir plus :

  • La phrase Anno aetatis suae uicesimo dicere in foro coepit et in senatu plures grauissimas causas egit évoque la carrière d'avocat de Pline. Il semble avoir été un orateur assez renommé, ce que laisse entendre l'expression plures grauissimas causas egit . Pline évoque ses talents d'avocat dans la lettre 33 du livre 6 de sa correspondance ; en voici un extrait :

et copia rerum et arguta diuisione et narratiunculis pluribus et eloquendi uarietate renouatur. Sunt multa - non auderem nisi tibi dicere - elata, multa pugnacia, multa subtilia. (9) Interuenit enim acribus illis et erectis frequens necessitas computandi ac paene calculos tabulamque poscendi, ut repente in priuati iudicii formam centumuirale uertatur. (10) Dedimus uela indignationi, dedimus irae, dedimus dolori, et in amplissima causa quasi magno mari pluribus uentis sumus uecti. (11) In summa solent quidam ex contubernalibus nostris existimare hanc orationem - iterum dicam - ut inter meas 'hyper Ktêsiphôntos' esse:

L'abondance des matières, l'ordre ingénieux des divisions, les courtes narrations dont il [mon plaidoyer] est semé, et la variété de l'expression semblent le renouveler sans cesse. Vous y trouverez tour à tour (je n'oserais le dire à d'autres) de l'élévation, de la vigueur, de la simplicité. En effet, j'ai souvent été obligé de mêler des calculs à ces choses nobles et véhémentes, et de demander presque des jetons et un registre; si bien que le tribunal des centumvirs semblait changé tout à coup en tribunal domestique. J'ai donné l'essor à mon indignation, à ma colère, à ma douleur, et, dans une si grande cause, j'ai manœuvré, comme en pleine mer, sous plusieurs vents différents. En un mot, la plupart de mes amis regardent ce plaidoyer (je le répète) comme mon chef-d'oeuvre. C'est ma harangue pour Ctésiphon.

  • Est ensuite détaillée la carrière politique de Pline, avec les différentes étapes du cursus honorum. Il est questeur en 89, caesaris quaesturam, préteur en 93 et l’auteur précise que Pline a donné à cette occasion des jeux, praetor ludos dedit, un moyen de se concilier les faveurs de la plèbe en lui faisant plaisir. Il assume ensuite le tribunat de la plèbe, tribunatum plebis, en 91, puis devient intendant du trésor militaire, c’est la praefecturam aerarii. En 105, il prend une responsabilité qui peut nous paraître quelque peu originale : Pline est curator aluei Tyberii (ou Tiberis), c’est-à-dire qu’il est chargé d’entretenir le lit du Tibre et ainsi de prévenir les inondations à Rome. Il assume deux autres fonctions parmi les plus importantes, l’une religieuse, c’est l’augurat, auguratum, l’autre politique, le consulat, en 100. L’auteur de la notice précise, en rappelant ainsi sa déclaration initiale, que Pline a fait preuve d’une très grande renommée et intégrité dans l’exercice de toutes ces fonctions, summa fama et pari integritate. L’abondante correspondance de Pline avec Trajan nous donne un aperçu de ses responsabilités et de la vie quotidienne de l’homme politique dans ces différentes fonctions.

Pline, un riche propriétaire

Lisez le texte latin

Laurentinum rus, et alterum in Tuscis, quibus mire afficiebatur, epistolis celebrauit. De multis autem quas iuxta Latium possedit uillas, dilexit in primis, quam fere in plano conditam Comoediam et quam Tragoediam uocat, quia in edito sito est. Romae habitauit in Esquiliis.

Aide à la traduction : Les pronoms relatifs

Rappel : en latin, le pronom relatif se décline. Il s'accorde en genre et en nombre avec son antécédent, mais se met au cas voulu par la fonction qu'il occupe dans la proposition relative. Pour bien traduire, il faut se poser les questions suivantes, par exemple pour quibus dans la phrase 1 :

  • quel est l'antécédent ? Quibus a pour antécédent Laurentinum rus et alterum (in Tuscis), les deux expressions sont au neutre, quibus est au neutre pluriel car il reprend les deux.
  • quel est le cas et donc la fonction de quibus dans la relative qu'il introduit ? Quibus peut être un datif ou un ablatif. Il s'agit ici d'un datif, complément d'objet indirect d'afficiebatur.

Les demeures de villégiature de Pline

  • Le biographe aborde un sujet pour lequel Pline le Jeune est particulièrement connu : ses villas. En homme de son temps, à une époque où la mode de la villégiature se développe, Pline possède en effet plusieurs uillae. Ces résidences secondaires luxueuses nous sont bien connues par des lettres de Pline qui sont parmi les plus célèbres de sa correspondance.
  • La première, Laurentinum rus, est sa villa de Laurentum  aussi appelée  villa des Laurentes ou Laurentine : elle est située à proximité de Rome, dans la région d’Ostie, et fait l’objet d’un long tableau dans la lettre II, 17 à Gallus. Pline vante notamment l’agrément de la demeure, sa situation appréciable et la largeur de sa plage. Il décrit ensuite la salle à manger, les chambres, le mobilier, le jardin, les galeries, salles de bain … Proche de Rome, Pline peut s’y rendre le soir, après une journée de travail. Lisez le début de la description de l'intérieur faite par Pline :

Villa usibus capax, non sumptuosa tutela. Cuius in prima parte atrium frugi, nec tamen sordidum; deinde porticus in D litterae similitudinem circumactae, quibus paruola sed festiua area includitur. Egregium hac aduersus tempestates receptaculum; nam specularibus ac multo magis imminentibus rectis muniuntur. Est contra medias cauaedium hilare, mox triclinium satis pulchrum, quod in litus excurrit ac si quando Africo mare impulsum est, fractis iam et nouissimis fluctibus leuiter alluitur. Undique ualuas aut fenestras non minores ualuis habet atque ita a lateribus a fronte quasi tria maria prospectat; a tergo cauaedium porticum aream porticum rursus, mox atrium siluas et longinquos respicit montes.

La maison est assez grande et commode, sans être d'un entretien dispendieux. On entre dans un atrium d'une simplicité qui ne manque pas d'élégance; il est suivi d'un portique dont la colonnade arrondie en forme de D entoure une cour toute petite, mais charmante. C'est une retraite excellente contre le mauvais temps, car on y est protégé par des vitres et surtout par les saillies des toits. Vers le milieu de la colonnade s'ouvre une cour intérieure fort gaie, de là on passe dans une assez belle salle à manger qui s'avance sur la plage, et que les vagues, quand la mer est soulevée par le vent d'Afrique viennent, de leurs flots brisés déjà et mourants, baigner doucement. De tous les côtés elle est garnie de portes à deux battants, et de fenêtres aussi grandes que les portes, de manière que de deux côtés et de face on découvre comme trois mers différentes; par derrière la vue s'étend sur la cour intérieure, le portique, la petite cour, le portique encore, puis l'atrium, enfin les bois et, dans le lointain, les montagnes.

  • Ces somptueuses demeures retiennent l’attention des historiens et archéologues, désireux de les localiser, de proposer des reconstitutions à partir des riches descriptions fournies par les lettres de Pline. La villa de Laurentum a ainsi donné lieu à plusieurs reconstitutions, par exemple par Léon Krier, dans le cadre d'un concours organisé en 1981-1982 par l'Institut Français d'Architecture (IFA), où sont conservées ces maquettes. Les textes anciens peuvent donc eux aussi se prêter à cet exercice typique des écoles d'architecture ! La maquette réalisée par Mr Clifford Pember, dans les années 40, est quant à elle conservée à l'Ashmolean Museum. Ces différents travaux ont contribué à populariser les écrits de Pline. Regardez ces images et essayez de voir si vous retrouvez des éléments mentionnés par Pline dans sa lettre :

Pline le Jeune, l'homme de lettres

Lisez le texte latin

Gloriae appetens, et immortalitatis summus aucupator fuit : quod reliquum temporis dabatur a rebus ciuilibus et domesticis, id totum studiis impertiens. Nullum emendandi genus omittebat, ac primum quae scripserat secum ipse pertractabat, deinde duobus aut tribus legebat, mox aliis tradebat annotanda, notasque eorum, si dubitabat, cum uno rursus aut altero pensitabat, nouissime pluribus recitabat. Scripsit libros epistolarum sex, Panegyricum Traiano Imperatori. De uiris in re militari et administranda Republica illustribus. Et haec quidem exstant ; quae autem sequuntur iniuria temporum perierunt, utpote Tragoedia Graeca, De maris Icarii tempestatibus elegi, Hendecassyllaborum liber, Demonstratiuae orationes in quibus Demosthenem sequutus est, de Heluitiis ultione libri aliquot.

L'art et l'importance de la correction

La fin de la notice aborde une autre facette, essentielle, du personnage de Pline : l’homme de lettres. L’auteur nous fait pour ainsi dire entrer dans le cabinet de travail de Pline en nous présentant la manière dont il corrige et relit ses œuvres, en s’aidant de l’avis de ses amis. Pour réaliser ce portrait de Pline au travail, l’auteur de la notice reprend en réalité la lettre 17 du livre VII de la Correspondance, en changeant uniquement la personne des verbes.

Pour retrouver le texte de la lettre de Pline - et réviser vos conjugaisons - transposez tous les verbes de la deuxième phrase à la 1ère personne du singulier, en respectant le temps et le mode.

Remplissez les trous.

Arriverez-vous à déchiffrer cette même phrase sur un manuscrit du XVe siècle ?

Manuscrit Pline
BnF Latin 8957, f. 99v

L’importance que Pline semble accorder aux relectures et corrections – nullum emendandi genus omittebat – est sans doute une influence de son maître Quintilien : c’est en effet un sujet dont Quintilien a longuement traité dans le livre X de l’Institution oratoire, au chapitre 4 qui a pour titre (moderne) de emendatione, « comment corriger » . En voici un extrait :

Sequitur emendatio, pars studiorum longe utilissima. Neque enim sine causa creditum est stilum non minus agere, cum delet. Huius autem operis est adicere, detrahere, mutare. Sed facilius in iis simpliciusque iudicium quae replenda uel deicienda sunt; premere uero tumentia, humilia extollere, luxurantia adstringere, inordinata digerere, soluta componere, exultantia coercere duplicis operae: nam et damnanda sunt quae placuerant et inuenienda quae fugerant.

Vient ensuite la correction <de notre travail>, qui est la partie des études de loin la plus utile. En effet, ce n'est pas sans raison que l'on a cru que la plume fait autant quand elle rature. Mais le rôle de la correction est d'ajouter, de retrancher, de modifier. Juger ce qu'il faut compléter ou supprimer est plus facile et plus simple; mais réduire ce qui est emphatique, relever ce qui est bas, resserrer ce qui est exubérant, ordonner ce qui est confus, soumettre au rythme ce qui n'en a pas, discipliner ce qui est désordonné, tout cela comporte un double travail: car il faut condamner ce qui avait plu et trouver ce qui avait échappé. (Trad. J. Cousin)

Pline Notice 4
Pline à sa table de travail.
Gravure ancienne figurant dans une édition des Lettres
par C. Gottschling (XVIIe siècle)

À retenir

Pline le Jeune fut un homme de son temps, et ce à plusieurs niveaux : par sa carrière exemplaire de haut fonctionnaire, il joua un grand rôle dans la vie politique ; par sa carrière d’homme de lettres, il porta un témoignage précieux sur la vie privée des Romains et la société de son temps. La meilleure biographie de Pline n’est autre que sa correspondance qui dresse un riche portrait de lui-même mais aussi de ses contemporains.

Pistes bibliographiques pour aller plus loin

Études critiques

  • Grimal, P. « Pline le Jeune (61 env.-114) », Encyclopædia Universalis
  • Mommsen, T. (1873). Etude sur Pline le Jeune. Traduit par G. Morel. Paris : A. Franck.
  • Sirago Vito A (1957). « La proprieta' di Plinio il Giovane », L'antiquité classique, 26, 1, p. 40-58
  • Wolf, É. (2003). Pline le Jeune ou le refus du pessimisme : Essai sur sa correspondance. Rennes : Presses universitaires de Rennes

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