Venus Juno Aeneas Louvre
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Regardons le médaillon d'Ovide et sa titulature

OVIDIVS NASO POETA EXCELLENS FABVLATORQVE
Ovide
  • Sachant que le nom complet d'Ovide était Publius Ouidius Naso, à quoi correspond Naso, d'après le système des tria nomina romains ? Cherchez la signification de ce mot. Le médaillon vous semble-t-il l'intégrer en quelque sorte ?
  • Cherchez les différents sens possibles du nom fabula. Parmi les œuvres les plus connues d'Ovide, laquelle, à votre avis, lui vaut l'appellation de fabulator présente dans la titulature fictive qui entoure son portrait ? Si vous ne savez pas, allez écouter cette courte vidéo (3 mn) sur France Culture : « Pourquoi faut-il retraduire Ovide ? », à partir d'une traduction parue en 2017, par Marie Cosnay.
  • Comparez ce médaillon à d'autres de la « galerie » de Jean de Tournes. Quelles vous semble en être les caractéristiques iconographiques principales ?

Prenons connaissance de la vie d'Ovide

Naissance

Dans les Tristes, un recueil d'élégies écrit par Ovide durant l'exil qui marque les dernières années de sa vie, de nombreux détails autobiographiques sont mentionnés par le poète. La dernière élégie du livre IV (IV, 10), est particulièrement riche de ce point de vue. Nous allons en parcourir plusieurs extraits. Nous pourrons voir étape par étape dans quelle mesure la notice que Jean de Tournes II consacre à Ovide tire ses éléments essentiels de cette élégie.

Ille ego qui fuerim, tenerorum lusor amorum,

Quem legis, ut noris, accipe, posteritas.

Sulmo mihi patria est gelidis uberrimus undis

Milia qui nouies distat ab Vrbe decem.

Editus hic ego sum, nec non, ut tempora noris,

Cum cedidit fato consul uterque pari.

Sed quid id est, usque a proauis uetus ordinis heres,

Non modo fortunae munere factus eques.

Nec stirps prima fui, genito sum fratre creatus

Qui tribus ante quater mensibus ortus erat.

Lucifer amborum natalibus adfuit idem ;

Vna celebrata est per duo liba dies :

Haec est armiferae festis de quinque Mineruae,

Quae fieri pugna prima cruenta solet.

Ovide, Tristes, IV, 10, v. 1-14, texte établi et traduit par Jacques André, Paris, Les Belles Lettres, C.U.F., 2003 (3e tirage), p. 122-123

« Qui je fus, moi, le poète badin des amours folâtres que tu lis, apprends à le connaître, ô postérité ! Ma patrie est Sulmone, où abondent les eaux fraîches, à quatre-vingt-dix milles de Rome. C'est là que je naquis et, pour que tu saches la date, ce fut l'année où un même destin vit tomber les deux consuls. S'il y faut attacher quelque prix, j'ai hérité mon rang de mes lointains ancêtres et je ne dois pas à la faveur de la fortune une récente promotion de chevalier. Je ne fus pas l'aîné, je naquis après un frère qui me précédait de quatre fois trois mois. Le même jour nous vit naître tous deux et le même unique jour était célébré par l'offrande de deux gâteaux : c'est des cinq jours de fête de la guerrière Minerve le premier qu'ensanglantent des combats. » (traduction J. André)

Et voici maintenant les deux premières phrases de la notice de Jean de Tournes :

Publius Ouidius Naso, Sulmoni, quae urbs est in Pelignis, ex equestri Nasonum familia, Mineruae quinquatriis natus est 14 Calendas Aprilis, Hirtio et Pansa consulibus, Olympiade 184, anno autem ab Vrbe condita 711 .

  • Traduisez ces deux phrases.
  • Comparez le texte de Jean de Tournes aux premiers vers des Tristes.
  • Quels sont les éléments par lesquels Jean de Tournes s'efforce de vulgariser les informations antiques ?

Jeunesse et formation

Continuons à lire l'élégie IV, 10 des Tristes.

Protinus excolimur teneri curaque parentis

Imus ad insignes Vrbis ab arte uiros.

Frater ad eloquium uiridi tendebat ab aeuo,

Fortia uerbosi natus ad arma fori.

At mihi iam puero caelestia sacra placebant

Inque suum furtim Musa trahebat opus.

Saepe pater dixit : « Studium quid inutile temptas ?

Maeonides nullas ipse reliquit opes. »

Motus eram dictis totoque Helicone relicto

Scribere temptabam uerba soluta modis.

Sponte sua carmen numeros ueniebat ad aptos,

Et quod temptabam scribere versus erat.

Ovide, Tristes, IV, 10, v. 15-26, éd. cit.

« Notre instruction commença dès notre enfance et par les soins de mon père nous allâmes suivre à Rome les leçons de maîtres célèbres par leur art. Mon frère, né pour les grands combats d'éloquence du Forum, était depuis sa jeunesse attiré par l'art de la parole. Mais moi, dès mon enfance, j'étais charmé par les mystères célestes et la Muse m'attirait en secret vers ses travaux. Souvent mon père me dit : "Pourquoi tenter une étude sans profit ? Le Méonide lui-même n'a laissé aucune fortune. " J'étais ébranlé par ses paroles et, laissant tout l'Hélicon, je m'efforçais d'écrire des mots privés de rythme. De lui-même un poème prenait le nombre approprié, et ce que j'essayais d'écrire était des vers.  » (trad. J. André)

Voici le résumé très succinct proposé par la notice de Jean de Tournes :

Cum fratre natu maiore, Gramaticae et Rhetoricae operam dedit, ac, ut patris uotis obtemperaret, legibus incubuit.

  • Traduisez la phrase. Quelles sont les trois disciplines étudiées par Ovide ? Savez-vous en particulier que désigne la « Grammaire » dans l'éducation romaine antique ? Si vous ne savez pas, vous pouvez aller lire le paragraphe consacré à « l'école de grammaire » dans le document mis en ligne par le site du Pont du Gard consacré à l'éducation romaine.
  • D'après cette phrase, et surtout d'après l'évocation beaucoup plus détaillée des Tristes, que dire de la vocation poétique d'Ovide ? Vous rappelle-t-elle celle d'autres écrivains, notamment des littératures modernes ?

Carrière poétique

Finalement, Ovide s'adonne à sa passion, la poésie. Il fréquente de grands poètes de son temps, que l'on appelle souvent « augustéens » , parce qu'ils ont vécu sous le principat d'Auguste, lorsque la République romaine laisse la place au régime du principat (ce que nous appellons « l'empire »).

Cepimus et tenerae primos aetatis honores

Eque uiris quondam pars tribus una fui.

Curia restabat : claui mensura coacta est.

Maius erat nostris uiribus illud onus ;

Nec patiens corpus nec mens fuit apta labori,

Sollicitaeque fugax ambitionis eram ;

Et petere Aoniae suadebant tuta sorores

Otia iudicio semper amata meo.

Temporis illius colui fouique poetas,

Quotque aderant uates, rebar adesse deos.

Saepe suas Volucres legit mihi grandior aeuo,

Quaeque nocet serpens, quae iuuat herba, Macer ;

Saepe suos solitus recitare Propertius ignes

Iure sodalicii quo mihi iunctus erat ;

Ponticus heroo, Bassus quoque clarus iambis

Dulcia conuictus membra fuere mei,

Et tenuit nostras numerosus Horatius aures

Dum ferit Ausonia carmina culta lyra.

Vergilium uidi tantum, nec auara Tibullo

Tempus amicitiae fata dedere meae.

Successor fuit hic tibi, Galle, Propertius illi,

Quartus ab his serie temporis ipse fui.

Ovide, Tristes, IV, 10, v. 33-54, éd. cit.

« Je remplis les premières charges accordées à la jeunesse et je fus un des triumvirs. Il restait la curie : je me contentais de l'angusticlave ; ce fardeau-là était trop grand pour mes forces ; ma santé en était incapable, mon esprit n'était pas fait pour ce travail, et je fuyais les soucis de l'ambition. Les sœurs aoniennes me conviaient aux paisibles loisirs qui avaient toujours été conformes à mon goût. Je cultivais et je chéris les poètes de cette époque, et dans tous les poètes présents je croyais voir des dieux. Souvent Macer, mon aîné, m'a lu ses Oiseaux, les serpents dangereux et les herbes bienfaisantes. Souvent Properce m'a lu ses poèmes d'amour, poussé par l'amitié qui le liait à moi. Ponticus, célèbre par ses vers héroïques, et Bassus par ses iambes, furent mes chers compagnons ; l'harmonieux Horace charma mes oreilles en chantant des odes savantes sur la lyre ausonienne. Je n'ai fait qu'entrevoir Virgile, et l'avare destin ne donna pas à Tibulle le temps d'être mon ami. Il fut ton successeur, Gallus, Properce fut le sien, et je fus moi-même après le quatrième dans la suite du temps. » (trad. J. André)

  • Faites une rapide recherche : parmi les poètes cités par Ovide comme ses contemporains, quels sont ceux dont les œuvres nous sont parvenues ?
  • La dernière phrase établit une lignée de quatre poètes, dont Ovide constitue le quatrième maillon. Faites une courte recherche pour voir ce qui les unit.

Jean de Tournes résume avec une concision drastique l'abandon par Ovide d'une carrière politique pour celle de poète. L'énumération des poètes qu'il fréquente, bien que plus courte que celle des Tristes, y puise son inspiration de manière évidente :

Sed patre uita functo ad humaniores musas rediit, celeberrimosque illorum temporum poetas sibi conciliauit, Macrum, Ponticum, Propertium, Bassum et Horatium.

  • Traduisez la phrase de la notice.

Vie privée

Alors que les Tristes abordent ensuite les débuts d'Ovide comme poète élégiaque, la notice biographique de Jean de Tournes passe directement à l'évocation de ses épouses successives et de sa fille. Les Tristes les abordent un peu plus loin :

Paene mihi puero nec digna nec utilis uxor

Est data, quae tempus per breue nupta fuit ;

Illa successit quamuis sine crimine coniunx,

Non tamen in nostro firma futura toro ;

Vltima, quae mecum seros permansit in annos,

Sustinuit coniux exulis esse uiri.

Filia me mea bis prima fecunda iuuenta,

Sed non ex uno coniuge, fecit auum.

Ovide, Tristes, IV, 10, v. 69-76

« Presque enfant, on me donna une femme, union mal assortie et sans avantage ; elle ne fut mon épouse que très peu de temps. Une autre lui succéda qui, bien que sans reproche, ne devait pas partager longtemps mon lit. La dernière, qui demeura auprès de moi jusqu'à mes dernières années, supporta d'être l'épouse d'un mari exilé. Ma fille, deux fois mère toute jeune, mais de deux époux, me rendit grand-père. » (trad. J. André)

Ovide insiste à plusieurs reprises sur la distinction à établir entre la vie personnelle d'un poète et son œuvre. Si cette dernière est marquée par une forme de légèreté audacieuse, sa vie privée n'en est pas moins irréprochable. Il faut distinguer la création poétique de la vie, et ne pas soumettre la littérature à une forme d'ordre moral.

Vxores tres duxit, quarum duas repudiauit, cum tertia coniunctissime uixit, ex qua duas etiam filias suscepit.

  • Traduisez cette phrase de la notice de Jean de Tournes.

Un poète élégiaque « relégué »

La notice de Jean de Tournes n'évoque la poésie d'Ovide qu'en lien avec sa « relégation » loin de Rome. En 8 ap. J.-C., pour une raison restée obscure, Auguste contraint Ovide à quitter Rome pour aller vivre en terre barbare, à Tomis, sur les bords de la Mer noire. Il ne s'agit pas d'un exil au sens propre (Ovide n'est pas déchu de la citoyenneté et ses biens ne sont pas confisqués). Il y mourra en 18 ap. J.-C. Selon le texte de Jean de Tournes, la raison de cette relégation serait un scandale : sous le nom de Corinne, figure féminine centrale des Amours, le poète aurait évoqué ses amours avec Julie, fille d'Auguste. L'hypothèse que cette relation soit à l'origine de la disgrâce d'Ovide n'est aujourd'hui plus retenue. Par ailleurs, plus que pour la Délie de Tibulle ou la Cynthie de Properce, il est généralement admis que le nom du personnage féminin principal des Amours d'Ovide est une fiction poétique, et non un surnom qui cacherait une femme réelle.

Cum uero ad Iuliam Augusti filiam sub Corynnae nomine lasciuas de amoribus elegias scripsisse deprehensus foret, in exilium annos quinquaginta natus, ab Augusto ipso fuit eiectus, in Pontumque relegatus. Vbi cum nouem annis tristissime egisset, uita functus Tomis fuit sepultus anno ab Vrbe condita 770, Olympiade 199 .

  • Traduisez ces lignes de la notice de Jean de Tournes.
  • Quel est l'adjectif qui caractérise les poèmes ovidiens relatifs à « Corinne » ? Comment le comprenez-vous ?
  • Il est très souvent associé à Ovide et à sa poésie. Quintilien l'utilise ainsi à deux reprises, pour juger du talent poétique d'Ovide, alors qu'il réfléchit aux lectures qui doivent contribuer à former le parfait orateur : Elegia quoque Graecos prouocamus, cuius mihi tersus atque elegans maxime uidetur auctor Tibullus. Sunt qui Propertium malint. Ouidius utroque lasciuior, sicut durior Gallus (Institution oratoire, X, 1, 93) ; et peu avant : Lasciuus quidem in herois quoque Ouidius et nimium amator ingenii sui, laudandus tamen partibus (Institution oratoire, X, 1, 88).

Le poème des Tristes qui nous a guidés jusqu'ici n'est guère explicite sur les raisons réelles du sort malheureux d'Ovide :

Causa meae demi iussa Caesar ab Arte meos.

Ovide, Tristes, II, v. 5-6

Et plus loin, dans le même poème

Perdiderint cum me duo crimina, carmen et error

Ovide, Tristes, II, v. 207
  • Essayez de traduire les trois courtes citations des Tristes qui précèdent.
  • Faites une rapide recherche sur l'Art d'aimer et sur la politique d'Auguste dans le domaine de la morale, notamment du mariage. En quoi l'Art d'aimer aurait-il pu irriter Auguste ?

Pour aller plus loin, vous pouvez regarder la page d'une très belle exposition virtuelle, « Lire les Métamorphoses d'Ovide », par la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, consacrée à la manière dont les impertinences d'Ovide à l'égard du princeps Auguste ont pu être atténuées par ses traducteurs et adaptateurs ultérieurs, notamment quand eux-mêmes étaient dans une stratégie de séduction et de demande de patronage à l'égard de leur souverain.

Les principales œuvres d'Ovide

La notice de Jean de Tournes se clôt par une liste d'œuvres d'Ovide (ou attribuées à tort à Ovide).

Illius autem haec sunt opera :

Metamorphoseon libri XV

Fastorum libri VI

Tristium libri V

De ponto libri IIII,

Heroidum epistolae amatoriae

De arte amandi libri III,

De remediis amoris libri II

In Ibin

Consolatio ad Liviam de morte Drusi 

De nuce

De medicamine faciei, et alia quaedam epigrammata, quae eius nomine circumferuntur.

  • Essayez de traduire cette liste d'œuvres, d'abord littéralement, puis en cherchant leur dénomination en français aujourd'hui.
  • Que recouvre le terme liber en latin, pour l'Antiquité, lorsqu'on indique le nombre de libri d'un poème ?
  • Dans cette liste, quelles sont les œuvres dont la paternité ovidienne est en général contestée ?
  • Confrontez à une notice bio-bibliographique moderne consacrée à Ovide. Quels recueils poétiques manquent chez Jean de Tournes ?

Par Sara Patané
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