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L'Adage d'Érasme

Les Adages d'Érasme

L’humaniste Érasme publie à Paris, en 1500, un petit livre d’ « adages », autrement dit, de formules remarquables, latines et grecques, tirées des œuvres de l’Antiquité. Chaque formule est accompagnée d’un bref commentaire. Cet ouvrage modeste est écrit à l’intention des élèves et étudiants désireux d’enrichir leur connaissance des langues latine et grecque, et de pouvoir écrire un latin plus riche (car on écrit alors en latin dans le monde savant). Son succès est tel qu’Érasme en préparera tout au long de sa vie d’autres éditions, enrichies à la fois en nombre d’adages réunis, et par le commentaire qui les accompagne : de plus en plus vaste.

L’édition parue en 1508 à Venise, chez Alde Manuce, est la première édition des Adages tels que nous les connaissons aujourd’hui : avec plusieurs milliers d’adages, organisés en « chiliades » (ensembles de mille adages), et enrichis de commentaire dont certains deviennent de véritables essais personnels.

Les adages qui ouvrent une nouvelle « chiliade » sont toujours choisis par Érasme comme particulièrement importants, et très développés.

C’est le cas de Festina lente, l’une des sentences les plus connues de la Renaissance, et dont Érasme contribue de manière décisive à orienter la lecture par son commentaire.

L'adage 1001 d'Érasme : Festina lente

Voici quelques extraits du commentaire qu’Érasme propose de la formule Festina lente, « Hâte-toi lentement ».

Festina lente

Hâte-toi lentement

  • Essayez de traduire ce début du commentaire :

Σπεῦδε βραδέως, id est Festina lente. Prouerbium hoc non inuenustam aenigmatis speciem prae se fert, propterea quod constat ex uerbis inter sese pugnantibus […]. »

  • Érasme dans les Adages est très attentif aux qualités rhétoriques des formules qu'il commente et aux effets que l'élève ou l'écrivain de son époque qui les intègre dans son propre texte ou discours latin peut en tirer. D'après la citation qui précède, quelle figure de style donne toute sa force à la formule latine Festina lente, autrement dite en grec Σπεῦδε βραδέως ?

[…] in tanto prouerbiorum numero non arbitreris ullum aliud esse perinde dignum, quod omnibus incidatur columnis, quod pro templorum omnium foribus describatur, et quidem aureis notis, quod in principalium aularum ualuis depingatur, quod primatium inscalpatur annulis, quo regiis in sceptris exprimatur, deniquo quod omnibus ubique monumentis repraesentur, propagetur, celebretur […].

[…] parmi tant de proverbes, on ne saurait en juger aucun autre plus digne d’être gravé sur toutes les colonnes, inscrit sur les portes de tous les temples, et même en lettres d’or, peint sur les battants de porte des palais princiers, ciselé sur les anneaux des prélats, figuré sur les sceptres des rois, digne enfin, d’être représenté, propagé, célébré partout, sur tous les monuments […].

Proinde sic equidem existimo, prouerbium hoc, si quod aliud, optimo iure, βασιλικόν, id est regium appellari debere […].

Ainsi donc, j’estime, quant à moi, que ce proverbe, plus que tout autre, doit à juste titre être appelé basilikon en grec, c’est-à-dire « royal ».

Octauius igitur hoc dicto tam impense delectatus est, quemadmodum in Noctibus Atticis, libro decimo, capite undecimo, narrat Aulus Gelius et hunc secutus Macrobius Saturnalibus libro VI, ut non in sermonibus modo quotidianis crebrius usurparet, uerum etiam epistulis suis frequenter insereret, admonens his duabus vocibus, ut ad rem agendam adhiberetur simul et industriae celeritas et diligentiae tarditas. Quod quidem Gellius latinis existimat unico uerbo dici : matura […].

« […] Auguste trouvait tant de plaisir dans cette formule, comme le dit Aulu-Gelle dans les Nuits attiques, livre XI, chapitre 10, et à sa suite Macrobe au livre VI des Saturnales, que non seulement il l’utilisait souvent dans les conversations quotidiennes, mais qu’il l’intégrait aussi fréquemment dans ses lettres, recommandant par ces deux mots (festina lente) de mettre en œuvre, pour mener à bien une affaire, à la fois la rapidité du zèle et la lenteur de l’application. Or Aulu-Gelle pense que c’est ce qu’exprime en latin le seul mot matura. »

Iam uero dictum idem Tito Vespasiano placuisse ex antiquissimis illius nomismatis facile colligitur, quorum unum Aldus Manutius mihi spectandum exhibuit argenteum, ueteris planeque Romanae scalpturae […]. Nomismatis character erat huiusmodi : altera ex parte faciem Titi Vespasiani cum inscriptione praefert, ex altera ancoram, cuius medium ceu temonem delphin obuolutus complectitur. Id autem symboli nihil aliud sibi uelle quam illud Augusti Caesaris dictum, σπεῦδε βραδέως, indicio sunt monumenta litterarum hieroglyphicarum.

Que Titus ait pris plaisir  à cette même formule, se déduit facilement des très anciennes monnaies de cet empereur, dont Alde Manuce me fit voir un exemple, une pièce d’argent dont la facture était ancienne et de toute évidence romaine. […] Les motifs de la pièce étaient les suivants : d’un côté elle porte l’effigie de Titus, avec une inscription, de l’autre, une ancre, dont un dauphin enroulé entoure le milieu ou verge. Ce symbole ne signifie rien d’autre que l’illustre formule de César Auguste : « Hâte-toi lentement », les recueils de hiéroglyphes en sont témoins.

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