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La création du monde

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En ouverture de la Genèse : la création du monde

La Bible est divisée en différents livres. Pour les chrétiens, la Bible comporte deux grandes sections : l’Ancien Testament, constitué d’écrits correspondant globalement à la Bible juive, antérieurs à la naissance de Jésus, et le Nouveau Testament, propre aux chrétiens, composé de livres écrits après la naissance de Jésus, en référence à lui et au développement des premières communautés chrétiennes.  Le premier livre de la Bible est la Genèse. Il s’ouvre, dans les deux premiers chapitres, avec un, ou plus exactement deux récits successifs, correspondant à deux traditions textuelles différentes, qui abordent sous une forme mythique la création du monde.

Le premier récit (Genèse 1, 1 - 2, 4a) présente la création du monde selon les sept jours successifs de la semaine. C'est par sa parole performative que Dieu crée chacun des éléments de la création.

  • Jour 1 : le jour et la nuit
  • Jour 2 : le ciel
  • Jour 3 : les mers, la terre et la végétation
  • Jour 4 : le soleil, la lune, les étoiles
  • Jour 5 : les poissons et les oiseaux
  • Jour 6 : les animaux, l' homme et la femme
  • Jour 7 : le sabbat (repos)

Le second récit (Genèse, 2, 4b-25) évoque le paradis terrestre et la création d’Adam et Ève selon cinq étapes :

  • L'apparition de l'eau
  • La création de l’homme à partir de la terre
  • La description du jardin d'Eden et le commandement fait à l'homme
  • L'homme donne des noms aux animaux
  • Dieu crée Ève à partir d'une côte ou d'un côté (selon les traducteurs)d'Adam plongé dans le sommeil. L'homme reconnaît la femme comme aide qui lui correspond.

N’hésitez pas à aller lire ces deux récits dans une traduction française de la Bible (Traduction oecuménique de la Bible, Bible de Jérusalem par exemple).

Découvrons la Création du monde dans les Images des histoires de l’Ancien Testament (1538)

Première approche

Le graveur est un artiste allemand de la Renaissance connu : Hans Holbein.

Creation pleine page 1
  • Quelles impressions suscite en vous cette gravure ?
  • Observez et décrivez l’image : Qu'arrivez-vous à identifier ? Comment les personnages principaux du récit sont-ils représentés et où se trouvent-ils dans la scène ? Quels éléments des deux récits bibliques différents apparaissent explicitement dans la gravure ?
  • Comment ces différents constituants sont-ils disposés les uns par rapport aux autres ? Quel sens vous paraît s’en dégager ?

Voici la transcription modernisée du texte qui surmonte la gravure. Il se termine sur la référence au début de la Genèse.

DEI Omnipotentis uerbo creantur ac benedicuntur terra, dies, nox, cœlum, mare, sol, luna, stellae, pisces, et bestiae terrae. Creantur quoque Adam et Heua. GENESIS I et II

  • Certains mots latins sont très proches du français. Relevez-les et traduisez-les. À partir de ces mots, pouvez-vous faire des hypothèses sur le reste ?
  • Pour les mots suivants, cherchez quels mots français en sont issus : dies, nox, stella, piscis.

Aide à la traduction : le passif

À l'indicatif présent, le passif se forme sur le thème de l'infectum, auquel s'ajoutent des désinences propres au passif : -or , -ris (ou -re), -tur, -mur, -mini, -ntur. Les formes creantur et benedicuntur sont donc de l'indicatif, présent, passif, 3e pers. du pluriel.

Le complément d'agent du passif se met à l'ablatif précédé de la préposition a (ab). Quand il s'agit d'un inanimé, on utilise l'ablatif seul, avec sa valeur instrumentale.

  • Essayez de traduire le texte.

Pour aller plus loin

Regardez maintenant les commentaires en passant la souris sur la gravure.

Ce texte est écrit dans une langue simple, sans recherche stylistique importante. On peut néanmoins relever quelques points intéressants.

Une des richesses du latin est l’ordre des mots avec lequel on peut jouer, créer des attentes, des oppositions, mettre en relief certains mots. Ainsi, le texte s’ouvre sur la personne de Dieu, à l’origine de tout. La typographie le met d’ailleurs en valeur, par l'usage de majuscules. Dei est immédiatement suivi d’une épithète omnipotentis (« tout-puissant ») illustrée par le verbe d’action creantur (« sont créés »), et la multiplicité des éléments cités. Cette toute-puissance n’a pas besoin de grands éclats pour agir, une seule parole, « uerbo », lui suffit pour faire surgir du néant un univers entier.

Il est à noter également que le terme uerbum désigne à la fois la parole, mais aussi dans la religion chrétienne le Christ, appelé le Verbe de Dieu, coopérant dès les origines avec le Père dans son œuvre créatrice. Voir notamment le prologue (texte situé au début) de l’évangile de Jean, dans la traduction latine de la Bible qu’on appelle la Vulgate. In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu… ».

L’énumération va crescendo. Un unique élément est d’abord mentionné : terra. Puis ils viennent par deux : le jour/la nuit, le ciel/la mer. Les astres sont ensuite nommés par trois mots : sol, luna, stellae. Enfin arrivent les animaux marins et terrestres. L’expression bestiae terrae (« bêtes de la terre ») est une reprise textuelle de la Vulgate, et n’est pas à proprement parler classique.

Le texte met en évidence que l’humanité a une place à part dans toute la création, en faisant d’Adam et Ève le sujet d’une nouvelle phrase. Elle marque le sommet, préparé par l’accumulation des termes de la phrase précédente, mais aussi l’achèvement de l’œuvre de Dieu. Le point final peut dans ce sens symboliser le septième jour où il est dit que Dieu cessa son œuvre de création. Enfin, on peut remarquer que la place d’Adam et Ève en fin de texte constitue comme un écho ou un miroir au Dei du début. Il est dit en en effet que « Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance » (Gn 1, 26).

Comparons avec un deuxième recueil de Figures de la Bible

Nous pouvons comparer la page que nous avons regardée avec une autre page, extraite d’un autre recueil donnant à voir des scènes de l’Ancien Testament et associant une gravure à un texte. Comme le précédent recueil, il a été publié à la Renaissance à Lyon, une ville très riche alors en éditions illustrées. Le graveur, Bernard Salomon, est également un grand artiste. Le texte qui suit est un poème, écrit en distiques élégiaques. Il utilise un vocabulaire moins directement biblique, plus antiquisant, et présente une syntaxe un peu plus complexe.

Creation Bernard Salomon1558

Comparer la gravure de ce recueil à celle que nous avons vu plus haut : quelles sont les ressemblances, quelles sont les différences ?

Voici la transcription moderne du poème écrit par Guillaume Paradin. La poésie latine, bien plus que la prose, permet de jouer avec l’ordre des mots. Il donc analyser avec soin les mots et s'interroger notamment sur les cas des noms, adjectifs ou pronoms.

Principio coelum uacuum, terrasque iacentes,
            Et pelagi immensum condidit autor opus.
Hinc Lunae, Solisque ignes, quibus emicet orbis
            Atque hominem fecit numinis esse typum.

Essayez de lire le poème. Vous pouvez découvrir ici sa traduction

. Qu’apporte-t-il de propre par rapport à la gravure ?

En ouverture. La création du monde : traditions iconographiques et originalité

La création du monde est l’une des scènes les plus représentées de la Bible. Lorsqu’on s’intéresse à une représentation iconographique précise, il peut être intéressant de la situer par rapport à d’autres, pour mieux cerner ce qui est traditionnel et ce qui au contraire est original. Vous pouvez ainsi confronter la gravure de Hans Holbein avec celle que l’on trouve dans un ouvrage relativement proche en date, le Livre des Chroniques de Hartmann Schedel (1440-1514).

Cet ouvrage, publié à Nuremberg en 1493 en latin (Liber Chronicarum), puis en allemand (Die Schedelsche Weltchronik), a été publié par l’imprimeur-libraire Anton Koberger. Il s’agit d’un des incunables les mieux conservés : il subsiste environ 400 exemplaires en latin et 300 en allemand.

Quelles ressemblances vous frappent ? Quelles différences aussi ?

Passez la souris sur l'image pour voir les commentaires.

Par Gabrielle Patissou
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