Le troisième chapitre de la Genèse retrace la chute d'Adam et Ève qui désobéissent à l'ordre divin et mange du fruit interdit. Pour cet acte, Dieu chasse Adam et Ève du paradis terrestre et poste un ange à l'entrée, armé d'une épée de feu, pour en interdire l'accès. L'homme sera désormais soumis à la souffrance, à la maladie et à la mort ; il devra se nourrir de son travail.

1. Découvrons la gravure d'Holbein

Adam et Eve chasses du paradis Holbein
Recueil Images des Histoires de l'Ancien Testament, gravure d'Hans Holbein, 1538.

Première approche

  • Identifiez chaque personnage et décrivez sa posture.
  • Qui domine la scène ? Comment la composition de l'image fait-elle apparaitre des rapports de forces ? Quels sentiments se dégagent des attitudes et des expressions du couple ?
  • Que vous évoque le personnage de droite ?

Voici une transcription ( partiellement normalisée selon les habitudes de graphie classique) du texte qui surmonte la gravure d'Holbein :

ADAM et HEVA ab Angelo e paradiso expulsi, morti obiiciuntur. GENESIS III.

Voici les versets correspondant du chapitre 3 de la Genèse dans la Vulgate.

23 Emisit eum Dominus Deus de paradiso uoluptatis ut operaretur terram de qua sumptus est

24 Eiecitque Adam et conlocauit ante paradisum uoluptatis cherubin et flammeum gladium atque uersatilem ad custodiendam uiam ligni uitae.

23 Et le Seigneur Dieu le (Adam) renvoya du jardin des délices, afin qu'il labourât la terre de laquelle il fut tiré.

24 Et il renvoya Adam, et il plaça à l'entrée du jardin de délices un Chérubin avec un glaive flamboyant qu'il brandissait pour garder la voie de l'arbre de vie.

Qu'est-ce que le texte latin de la gravure met en avant par rapport au texte biblique ?

Quels liens voyez-vous entre le texte et l'image ?

Un peu d'exercice

Voici un petit exercice pour vous faire travailler l'indicatif (noté "Ind." dans l'exercice) passif, au présent et au parfait. Si vous ne connaissez pas bien la voix passive, revoyez-la dans une grammaire. Souvenez-vous en particulier que le passif, aux temps de l'infectum, est marqué par des terminaisons propres qui viennent s'ajouter au thème de l'infectum, tandis qu'au parfait, le passif se forme à l'aide de l'auxiliaire être (esse) et du participe parfait, accordé au sujet.

Aide lexicale : chasser, bannir =expello, -is, -ere, -puli, -pulsum.

Remplissez les trous.

Pour aller plus loin

Regardez maintenant les commentaires en passant la souris sur la gravure.

Le texte résume au strict minimum le récit de la Genèse. Pourtant tout est dit avec ces quelques mots : le renversement de situation du premier couple humain est complet, du paradis à la déchéance la plus totale. Cependant la mention de la mort n'est pas fortuite. Elle permet à l'artiste d'introduire dans la gravure ce personnage qui danse tout en s'accompagnant de sa guitare (ou d'un instrument s'en rapprochant). A côté de la force écrasante de l'ange et du couple ployé par la culpabilité et saisi de crainte, la personnification de la Mort vient ajouter une note particulière. En effet, elle donne à la gravure l'aspect d'une scène prise sur le vif, et elle permet en plus aux lecteurs du recueil de se sentir proches et concernés, puisque la mort est désormais un lot commun à tous les hommes.

Consuit hirsutas Deus his de tergore uestes,
Atque uoluptatis pellit utrunque loco ;

Consuit hirsutas Deus his de tergore uestes,
Atque uoluptatis pellit utrunque loco ;
Vestibulum obseruans Cherubin micat igneus ense,
Ac furit infesto mors inimica metu.

2. Comparons avec un deuxième recueil de Figures de la Bible

Adam et Eve chasses du paradis J. de Tournes
Recueil de Jean de Tournes, Figuration des histoires mémorables de la Genèse, gravure de Bernard Salomon, 1558.

Comparer cette gravure de Bernard Salomon à celle d'Holbein, vue plus haut. Quels sont les éléments similaires ? Deux nouveautés apparaissent ici. Quelles sont-elles ?

Voici la transcription moderne du poème, composé de deux distiques élégiaques.

Consuit hirsutas Deus his de tergore uestes,
Atque uoluptatis pellit utrunque loco ;
Vestibulum obseruans Cherubin micat igneus ense,
Ac furit infesto mors inimica metu.

La construction grammaticale de ces quelques vers est simple, mais attention à ne pas oublier d'analyser noms, adjectifs, formes verbales ! Vous pouvez découvrir ici sa traduction

On retrouve dans la gravure de Bernard Salomon l'ange dans les nuées, armé de son épée de feu (rendue par l'ondulation), survolant Adam et Ève. Ces derniers regardent en arrière. Ils sont cette fois pourvus de vêtements, contrairement à la gravure d'Holbein, ce qui respecte davantage le récit biblique. La Mort est aussi présente, mais sans être mise autant en avant.Tandis que la gravure d'Holbein insistait davantage sur un instant précis et particulièrement dramatique, Salomon présente une histoire suivie. En effet, à gauche de la gravure, nous avons la cause de l'expulsion d'Adam et Eve. Le paradis terrestre est représenté, délimité par un mur d'enceinte. Au sein du jardin, à l'arrière-plan, on voit Dieu, reconnaissable à ses habits, qui surprend les fautifs au pied de l'arbre. La conséquence directe est leur départ définitif du jardin. La suite et la fin de l'histoire ne sont pas représentées, de manière volontaire, car le bras d'Adam excède le cadre de la gravure, donnant ainsi une sensation de fin inachevée, ouverte à toutes les possibles.

3. En ouverture

A la Renaissance deux types de représentations d'Adam et Ève se côtoient. Dans le premier type, ils sont vêtus pauvrement, à l'image de leur nouvelle condition humble et misérable ; le deuxième type révèle leur nudité. Cette seconde tradition est à rapprocher de l'engouement de l'époque pour la redécouverte de la statuaire gréco-romaine, ainsi que pour l'anatomie humaine, dont Michel-Ange, quelques années plus tard, donnera des représentations parfaitement conformes à la réalité.

Fra Angelico Annonciation 1430 Prado
Fra Angelico, Annonciation, 1430, Prado.

L'iconographie d'Adam et Ève est importante car elle est parfois insérée dans d'autres scènes, donnant une clef de lecture parfois essentielle à la compréhension de l’œuvre en question. L'un des exemples les plus marquant est sans doute la scène de l'Annonciation, moment charnière entre l'Ancien et le Nouveau Testament, entre le péché originel et la rédemption.

Ce qui est primordial pour comprendre un tableau religieux, c'est de bien avoir en tête que les chrétiens, dès les premiers temps, ont mis en parallèle l'Ancien et le Nouveau Testaments. Pour ce qui est d'Adam et d'Ève, ils sont montrés comme des figures annonçant à leur manière le Christ et Marie, qui sont parfois appelés le nouvel Adam et la nouvelle Ève. Car si le premier couple a entrainé toute l'humanité à sa ruine par leur désobéissance, le Christ et Marie, en se conformant parfaitement au plan divin, apportent le salut aux hommes.

Par Gabrielle Patissou
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