Voici la facétie 176 de Poggio Bracciolini. L’auteur lui a donné le titre suivant. Arrivez-vous à le comprendre ?

De quodam insulso Mediolanensi qui in scriptis porrexit peccata sua sacerdoti.

Vous pouvez consulter ici la traduction.

Maintenant, regardez l’image. Où sommes-nous ? Qui sont à votre avis les protagonistes de la scène. Essayez d’imaginer plus concrètement le déroulement de la facétie.

Faceties Format G Final 05
Dessin de Théo Lucchetti

Essayez de traduire le texte. Les aides à la traduction vous aideront à comprendre les aspects grammaticaux les plus complexes. Ensuite, vous pourrez consulter la traduction.

Mediolanensis quidam, siue stultus, siue hypocrita, siue obliuiosus, cum libellum quemdam pergrandem suorum erratorum scripsisset, profectus est semel ad uirum doctissimum inque ea re admodum peritum, Antonium Raudenensem Mediolanensem, ex ordine Minorum, ut ei peccata sua confiteretur, libelloque porrecto, rogauit ut eum legeret, qui contineret confessionem suam. Vir scitus et prudens, qui eam lectionem plurimi temporis esse uideret, stultitia hominis cognita, paucis illum uerbosum interrogans : « Ab omnibus te », inquit, « quae in hoc codice continentur, absoluo ». Cum alter quam sibi paenitentiam iniungeret rogaret : « Ut per mensem hunc », inquit, « tuum libellum septies in die legas ». Cum id a se fieri posse negaret, perstitit confessor in sententia. Ita fatui uerbositas faceto responso contusa est.

Commentaire

La facétie dans le cadre de la polémique contre les ordres mendiants

Le Pogge rapporte ici une anecdote dont le protagoniste est Antonio da Rho (1398- ca1450). Il s’agit d’un représentant de l’humanisme lombard, également frère de l’ordre des Mineurs1. Dans cette facétie, ce personnage représente la voix du bon sens. C’est à lui qu’est confiée la réponse concise et ironique.
Cet aspect est pour le moins inhabituel. D’habitude, les frères des ordres mendiants font l’objet d’une critique en règle chez le Pogge, par exemple dans son discours Contra hypocritas, ainsi que chez les autres représentants de « l’humanisme laïc » : c’est le cas par exemple de Lorenzo Valla, dans le De Professione Religiosorum ou de Leonardo Bruni dans l’Oratio contra Hypocrisim2.
Mais quelles sont-elles les raisons de cet antagonisme ? D’un côté les membres des ordres mendiants exerçaient une intense activité apostolique et sociale et pour cela ils se présentaient comme une sorte de « milice rapprochée »3 du pape, dont ils avaient les faveurs. De l’autre côté, les humanistes accusaient leur dépravation morale, liée à la vaste autonomie de leurs ordres, ainsi que leur ignorance : à cet égard les humanistes ont eu tendance à exagérer l’aversion supposée générale des frères pour les studia humanitatis et la culture4.
Nous pouvons saisir les échos de cette polémique dans plusieurs facéties du Pogge. Par exemple dans la facétie 115, les franciscains sont moqués pour leur débauche : le protagoniste est un frère de l’ordre des Mineurs qui, lors de la confession d’une belle veuve, s’en entiche. Ou encore, dans la facétie 210, un frère séduit une abbesse. Dans la facétie144, le Pogge se moque de l’ignorance des franciscains. Des frères chargent un peintre de faire un portrait de saint François mais ils sont incapables de lui donner des indications précises sur la manière de le figurer. Or quand le peintre, exaspéré, réalise un portrait ridicule du saint, persuadé qu’on se moque de lui, les frères lui reprochent d’avoir outragé la religion.

Antonio da Rho, un franciscain sui generis

Cependant, Antonio da Rho n’est pas un franciscain ordinaire : le Pogge n’hésite pas à le qualifier de doctissimus. En effet le Raudiensis a reçu une riche formation philosophique et théologique. C’est un fin connaisseur des classiques latins ainsi que des poètes modernes comme Dante et Pétrarque. Il devient professeur d’éloquence à Milan au service des Visconti. Il prend part aux polémiques qui l’opposent aux humanistes de son temps. Premièrement avec le Panormite, entre 1429 et 1432, et ensuite avec Lorenzo Valla.5 Ce dernier, comme dans le cas du Pogge, critiquait l’ouvrage d’Antonio da Rho aussi en ce qui concernait le lexique, jugé comme trop «loin de la pureté classique du latin »  et trop inclin à accueillir des termes d’origine médiolatine ou vulgaire.6
Néanmoins cela montre qu’Antonio da Rho était une figure de premier plan, en contact avec les savants de son temps, au point d’être appelé au concile de Bale en 1436 comme connaisseur de la langue latine et de la langue grecque, dans le cadre des traités avec l’Église grecque orthodoxe.7
Ce n’est pas un hasard que, dans une facétie où la uerbositas s’attire les foudres de l’auteur, ce soit la brillante répartie d’un professeur d’éloquence qui donne tout son sel à l’anecdote narrée.

  1. Fubini, Dizionario biografico degli italiani, article « Antonio da Rho », partie 3, 1961.
  2. Vallese, Giulio, « Umanisti e Frati nella Prima Meta del'400: Poggio Bracciolini e il "Contra Hypocritas"  », Italica, 23.3 (1946), p. 147-151.
  3. Guidi, R. L., « Frati e umanisti: ragioni di un conflitto », dans Humanisme et Église en Italie et en France méridionale (XVe siècle – milieu du XVIe siècle), Rome, École Française de Rome, Publications de l'École française de Rome 330, 2004. p. 17-42.
  4. Guidi R. L, art. cit.
  5. Giazzi, E., « La lettera di Antonio da Rho a Bartolomeo Bayguera: un resoconto dell’Itinerarium », dans Libri e lettori a Brescia tra Medioevo ed età moderna. Atti della giornata di studi (Brescia, Università Cattolica, 16 maggio 2002), a cura di Valentina Grohovaz, Brescia, Grafo, 2003 (Annali queriniani. Monografie, 3), p. 155-181.
  6. Giazzi, E. art. cit.
  7. Fubini, R., art. cit.
Par Chiara Contarino
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