Voici la facétie 19 de Poggio Bracciolini. L’auteur lui a donné le titre suivant. Arrivez-vous à le comprendre ?

Exhortatio cardinalis ad armigeros Pontificis.

Vous pouvez consulter ici la traduction.

Maintenant, regardez les deux vignettes, qui représentent deux moments successifs de l'histoire. Quelles sont à votre avis les deux situations ? Essayez de comprendre ce que disent les personnages et d’imaginer plus concrètement le déroulement de la facétie .

Faceties Format G Final 02
Dessin de Théo Lucchetti

Essayez de traduire le texte. Les aides à la traduction vont vous aider à comprendre les aspects grammaticaux les plus complexes.

Cardinalis Hispaniensis, bello quod eo auctore gestum est in Piceno aduersus Pontificis hostes, cum aliquando ad aciem uentum esset , in qua uincere uel uinci eos qui Pontificem sequebantur necesse erat, hortabatur milites ad pugnam pluribus uerbis, asserens qui in eo proelio cecidissent, cum Deo et Angelis pransuros : peccatorum enim omnium ueniam propositam occumbentibus affirmabat, quo morti se alacrius offerrent . His exhortationibus usus , excedebat pugna. Tum unus ex astantibus militibus : « Cur tu » inquit, « non et ad hoc prandium una nobiscum accedis ? ». At ille : « Tempus prandii nondum est mihi » inquit « quoniam nondum esurio ».

Commentaire

Réadapter une anecdote du passé récent

Comme pour d’autres facéties, le protagoniste est un personnage historiquement identifiable. Il s’agit du cardinal espagnol Egidio Albornoz, qui, en tant que légat du pape, avait été chargé en 1353 de reconquérir pour l’Église la Marche d'Ancône et la Romagne. 1

Selon le critique Franco Pignatti, si le cadre historique de la facétie est vraisemblable, toutefois « l'intentio semble injustement critique » 2, car les historiens contemporains décrivent le cardinal comme prêt à soutenir ses soldats dans les risques de la bataille. Comme dans la facétie 18, le Pogge s'amuse ainsi à renverser la réputation bien établie d'un personnage devenu désormais historique, autour duquel des anecdotes devaient déjà fleurir au sein de la curie romaine. D'ailleurs le « Bugiale » de l'auteur est l'endroit des médisances !

La tradition classique

Bien que le personnage principal appartienne au passé récent de l’auteur, le thème du déjeuner dans l’au-delà après une bataille s’inspire sans doute de la tradition classique. Il est attesté pour la première fois chez Cicéron (Tusculanes, I, 42, 101)3.

Quid ille dux Leonidas dicit? «Pergite animo forti, Lacedaemonii, hodie apud inferos fortasse cenabimus».

Cicero, M.T. et Pohlenz, M. M. Tulli Ciceronis scripta quae manserunt omnia: fasc. 44: Tusculanae disputationes. Leipzig. Teubner, 1918

Que dit le commandant Leonidas ? Restez forts dans votre âme. Peut-être qu'aujourd'hui nous dînerons dans les enfers.

Ensuite il paraît aussi chez Sénèque (Lettres à Lucilius, 82, 21) ou Valère Maxime (Dits et faits mémorables, III, 2, ext. 3). Le Pogge reprend l’apophtegme (« dit mémorable ») du Spartiate Léonidas qui exhortait ses soldats, avant la bataille, à déjeuner comme s’il devaient dîner dans les enfers. Pourtant, l’anecdote classique est réutilisée avec originalité par l’auteur car le motif grave et solennel de la parénèse militaire se transforme en une occasion de déclencher le rire tout en se moquant d’un cardinal.

  1. Le Pogge, Facéties. Confabulationes. Édition bilingue. Texte latin, note philologique et notes de Stefano Pittaluga, traduction française et introduction d'Étienne Wolff, Paris, Les Belles Lettres, 2005, n. 30, p. 167-168.
  2. Pignatti, Franco, « Due schede per Poggio Liber facetiarum », Medioevo e Rinascimento, 13 (1999), p. 249-269.
  3. Pignatti, Franco, art. cit.
usercloseinfo-circlegroupangle-downellipsis-vgraduation-cap