Voici le titre de la facétie 79 en latin :

De gallo et vulpe

Maintenant, regardez les deux vignettes suivantes. Quels sont les différents acteurs de la fable ? Quelles sont leurs positions respectives au début de l'histoire, à la fin ? Essayez d’imaginer plus concrètement le déroulement de la facétie.

Faceties Format G Final 03 1
Dessin de Théo Lucchetti

Essayez de traduire le texte. Les aides à la traduction vous aideront à comprendre les aspects grammaticaux les plus complexes. Ensuite, vous pourrez consulter la traduction.

Esuriens quondam uulpes, ad decipiendas gallinas quae, gallo duce, arborem excelsiorem quo sibi aditus non erat, ascenderant, ad Gallum blande accessit, quem comiter cum salutasset : « Quid in excelso agis? » inquit « Numquid non audisti noua haec recentia tam salutaria nobis ? ». « Nequaquam » gallus cum respondisset, « atqui praenuntia », « Huc accessi » ait « ad communicandum tecum alacritatem. Animalium omnium concilium celebratum est, in quo pacem perpetuam omnium animantium inter se firmarunt, ita ut, omni sublato timore , nulli ab altero insidiae aut iniuriae fieri amplius queant, sed pace et concordia omnes fruantur. Licet abire unicuique, uel soli, quo uelit, secure. Descendite igitur et hunc festum agamus diem ». Nota uulpis fallacia gallus : « Bonum » inquit « affers nuntium et mihi gratum » et simul collum altius protendens, prospecturoque longius et admiranti similis, in pedes se erexit. « Tu quidnam aspicis ? » uulpes cum dixisset, « Duos » inquit « magno cursu, ore patulo aduentantes canes ». Tum tremebunda uulpes : « Valete » inquit « mihi fuga expedit, antequam illi adueniant » et simul coepit abire. Hic gallus : « Quonam fugis, aut quid times ? » ait « Siquidem pace constituta, nihil est timendum ». « Dubito » inquit uulpes « an canes isti audierint decretum pacis ». Hoc pacto, dolo illusus est dolus.

Commentaire

La fable ésopique au Moyen Âge et à la Renaissance1

La facétie 79 s’inspire de l’apologue de type ésopique, c’est-à-dire d’une fable qui a comme protagonistes des animaux, sur lesquels sont transposés les vices et les vertus des hommes. La fable ésopique eut une grande fortune à l’époque médiévale. Elle est alors appréciée pour son efficacité pédagogique : à travers l’allégorie des comportements animaux, l’apologue transmet des enseignements de nature morale, qui s’adressent aux plus jeunes, ainsi qu’à un public populaire.
Bien qu’on en lise plus les manuscrits en langue grecque, au Moyen Âge Ésope est estimé comme maître de sagesse. Son autorité est telle que les fables de l’anthologie médiévale appelée Aesopus latinus (ou aussi Romulus) lui sont attribuées, bien que le contenu du recueil fût en grande partie tiré du fabuliste latin Phèdre. Ce recueil a connu un grand succès dans toute l'Europe et a fait l'objet de nombreuses imitations et adaptations. La plus célèbre est une anthologie appelée Aesopus communis, qui date du XIIe siècle, dont Marie de France tirera ses Ysopets, inaugurant une tradition qui ira jusqu'aux Fables de Jean de La Fontaine au XVIIe siècle.
À la Renaissance, la fortune d’Ésope reçoit un nouvel élan lors de la redécouverte des manuscrits grecs, qui se diffusent rapidement dans toute l’Europe grâce aux humanistes italiens et à leurs traductions. L’humaniste Lorenzo Valla, par exemple, traduit du grec au latin trente-trois fables.

Des fables ésopiques dans les Facéties

Dans les Facéties, le Pogge intègre trois apologues ésopiques. Ils sont placés à une grande distance les uns des autres dans le recueil, en introduisant un effet de variatio dans l’ordres des facéties.2
Les trois fables mettent en lumière différents types de comportements malhonnêtes des hommes. Cependant, ces apologues ont un point commun : l’auteur se sert de ces allégories pour condamner encore une fois l’hypocrisie.
Ainsi la fable 163, qu’on pourrait intituler « Le Renard et le Paysan », critique ceux qui disent une chose tandis qu’ils en font une autre. Un renard, poursuivi par des chasseurs, supplie un paysan de le cacher dans la paille. En échange, il jure de ne jamais faire de mal à ses poules. Lorsque les chasseurs arrivent, le paysan leur dit que le renard n'est plus là. Mais par des signes, il leur laisse entendre que le renard est caché sous la paille. Néanmoins, les chasseurs ne s'en rendent pas compte et partent, se fiant aux paroles du paysan. Lorsque ce dernier demande au renard qu’il honore sa promesse, puisqu’il a échappé au danger, le renard refuse. Les paroles du fermier étaient bonnes, mais pas ses actes !
La fable 253, inspirée d’un apologue de l'Aesopus latinus, dénonce elle aussi le divorce possible entre le comportement apparent et les intentions réelles. Les protagonistes sont des oiseaux enfermés dans une cage. Un homme ouvre la cage pour prendre peu à peu des oiseaux et les tue, les larmes aux yeux. L’un des oiseaux interprète naïvement ces pleurs comme un signe de pitié. Cependant, la réplique perspicace de l’un des oiseaux invite ses compagnons d'infortune à faire attention à l’action réellement commise sans se laisser prendre par les apparences.
En ce qui concerne notre facétie 79, la morale est explicitée de façon synthétique par la sententia conclusive : dolo illusus est dolus. C’est-à-dire que celui qui tend un piège à autrui peut à son tour être trompé par quelqu'un de plus astucieux que lui. Même un renard, qui traditionnellement symbolise la fourberie, peut être trompé ! La Fontaine le formulera avec esprit, à la fin de la fable XV du livre II de ses Fables, « Le Coq et le Renard » : « Car c’est double plaisir de tromper le trompeur. »

  1. Pour la fortune de la fable ésopique cfr. : Filosa, Carlo,La favola e la letteratura esopiana dal Medioevo ai nostri giorni, Milan, Vallardi, 1952.
  2. Voir Bisanti, Armando, et al., Tradizioni retoriche e letterarie nelle Facezie di Poggio Bracciolini, Falco, 2011.
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