Le texte que nous allons voir est un extrait d'une compilation d'un personnage de la Renaissance, Andréa Fluvio. Cette œuvre de compilation s'appelle les Imagines. Il y présente des grandes figures de l'antiquité romaine ainsi que grecque dont par exemple Pompée, Cicéron ou encore celle qui nous intéresse, Alexandre le Grand. Ce sont des petits textes, reprises de compilations de Justin notamment, qui présentent les grands hommes de cette période.

Medaillon dAlexandre chez Fluvio
Médaillon représentant Alexandre le Grand qui introduit le texte dans le recueil d'Andréa Fluvio

Nous pouvons déjà observer ce médaillon de l'œuvre d'Andréa Fluvio et tenter de voir si sa composition et son ornementation peuvent nous aider à mieux comprendre et traduire le texte qui le suit.

Nous allons voir au fur et à mesure le texte d'Andréa Fluvio avec des explications sur le contexte et le contenu du texte et des aides à la traduction.

Alexander, Philippi Regis Macedonum filius, virtute et vitiis patre maior fuit.

Alexandre est né le 21 juillet 356 à Pella. Il est le fils de Philippe II, roi de Macédoine et de Olympias. Il devint roi en 336. La notice ne nous dit rien sur son enfance, ni sur sa mère. Il sera question de manière singulière de son père un peu plus tard.

Ei vincendi ratio aperta, gerendarum rerum celeritas <erat> palamque fusis hostibus gaudere <solebat>.

Les mots entre crochets ne sont pas dans le texte original. Ils ont été rajoutés pour aider à la compréhension et la construction de la phrase. En effet, le verbe être est souvent omis, et ce d'autant plus qu'il s'agit d'une compilation.

Le groupe de mots "ei vincendi" à l'initiale est à mettre en relation avec le verbe "erat". Cette construction du datif avec esse est une des expressions de la possession. Dans cet extrait donc, le groupe de mot "ratio aperta erat ei vincendi" veut dire, "la raison ouverte était pour lui vainquant", et de là, "sa raison ouverte d'être victorieux était".

Le groupe de mots "fusis hostibus" est à l'ablatif et on y a un nom commun accompagné d'un verbe au participe passé. On a donc un ablatif absolu que l'on pourrait traduire par "les ennemis ayant été mis en fuite", ou "devant les ennemis qui ont été mis en fuite" pour donner à cette ablatif une notion de circonstance et même par "devant la fuite des ennemis".

Dans ces quelques lignes le compilateur nous présente les particularités militaires d'Alexandre qui lui ont permis de bâtir son empire. Il y a tout d'abord le fait qu'il ait la capacité à prendre des décisions rapidement, et ensuite le plaisir qu'il prenait de mettre ses ennemis en fuite. Il est considéré comme le plus grand génie militaire de l'Antiquité. Il a le don de prendre les bonnes décisions précisément au moment opportun et de savoir bien s'assurer de la fidélité de ses hommes dont il s'attache à épargner la vie autant que possible.

Animo magnificus <erat>, ubi exarsisset nec dilatio ultionis nec modus <erat>.

Ici, il est plus question de la personnalité d'Alexandre et de son caractère. Certains épisodes de son règne, comme le massacre de la ville de Thèbes, nous montrent la cruauté dont il peut être capable dans certains moments. La ville supportait mal la domination macédonienne imposée par Philippe II. Alexandre mate la rébellion et détruit la ville. dans son Histoire d'Alexandre le Grand l'historien Quinte Curce fait état de ce caractère, notamment lorsqu'il relate l'assassinat de Cleithos, un de ses plus fidèles lieutenants.

Vini avidus <erat>

Il est ici fait mention de la faiblesse d'Alexandre face au vin. Arrien, auteur grec, fait cas de ce goût pour le vin, mais cependant, il estime que ce goût est moins fondé sur une attirance réelle pour l'alcool que sur la volonté de plaire à ses amis. . Cependant, c'est son intempérance qui a conduit au meurtre de Cleithos par exemple, et à d'autres égarements.

[Periculis, se temere offere <solebat>]

Ce morceau du texte des Imagines d'Andréa Fluvio est particulier, parce qu'en fait il ne devrait pas figurer dans cette notice. Ce texte de l'humaniste italien est une compilation qu'il a faite à partir de l'œuvre de Justin. Ce que l'on remarque quand on compare les deux textes, c'est que Fluvio a en fait repris des morceaux du texte de Justin qu'il a assemblés dans le sien. Ainsi donc, ça explique que les liens entre les différentes phrases et même propositions ne sont pas toujours très évidents et qu'il y a cette impression de déstructuration du texte. Ce sont en fait des éléments du texte de Justin qu'il a repris tels quels, mais il n'a pas copié des phrases entières.

Malheureusement, Fluvio a fait une erreur importante de sa compilation; il y a intégré un morceau de phrase qui ne correspondait pas à Alexandre. Ces quelques mots apparaissent à un moment où l'auteur latin établissait un parallèle entre Alexandre et son père. Ce morceau de phrase est en fait attribué à Philippe II et non son fils dans le texte de Justin qui dit précisément que "Patri mos erat... periculis se temere offere". Ici, cette erreur nous donne à penser que c'est d'Alexandre qu'il s'agît. Par ailleurs, cette observation de l'œuvre originale de Justin nous permet aussi de comprendre l'omission du verbe chez Andréa Fluvio. Il était bien mentionné chez Justin, "patri mos erat", mais dans une partie de la phrase que n'a pas copiée Fluvio. Ainsi donc, comme il n'a fait que copier des morceaux de phrase sans vraiment les modifier et les lier entre eux, du coup cette omission n'a pas été rétablie dans les Imagines.

metui magis quam amari gaudens.

Analyser ici la structure de la proposition. Quelle est ici la construction de la phrase ?

"amari" et "metui" sont des

Litteris apprime cultus, magnae fidei liberalis, parcendo victis animus promptus <erat>.

Ici, il est question tout d'abord de son éducation très riche. Il a eu comme précepteur le philosophe Aristote. Ces mots sont encore extraits de l'œuvre de Justin même s'il a adapté un peu le texte.

Cette mention faite par Fluvio ici de sa culture est très importante parce qu'elle est une expression de l'idéal humaniste bien connu de l'homme savant. Ainsi, toutes les grandes et belles choses que l'on admire dans son règne sont selon Andréa Fluvio une conséquence de sa grande culture. On trouvera à l'époque de la philosophie des Lumières l'image du monarque éclairé. La figure d'Alexandre sera reprise pour illustrer ce principe.

Quibus artibus, cum pater Philippus orbis imperii fundamenta iecisset, ipse totius operis gloriam consummavit.

Cette phrase est mot pour mot celle qui clôture le chapitre de Justin sur Alexandre. C'est une forme de conclusion qui ouvre sur la grandeur de l'empire d'Alexandre. L'idée est de dire que ce sont les qualités que nous avons vu plus haut qui lui ont permis d'achever l'empire que son père avait commencé, mais lui a réussi à en venir à bout.

Pour aller plus loin

En 1679, le tragédien Jean Racine offre au public une nouvelle pièce appelée Alexandre le Grand. Le personnage principal est une image de Louis XIV, le Roi Soleil, une comparaison destinée à flatter le monarque. Pour l'élaboration de son personnage principal, il reprend un des traits de caractère mentionné dans la Notice d'Andréa Fluvio que nous avons vu plus haut. Il s'agit de sa propension à épargner les vaincus. Le texte nous le disait ainsi : "parcendo victis animus promptus <erat>". Ici on le voit pardonner au personnage Porus dans le vers 108 où il dit : "Qu’on épargne sa vie et le sang des vaincus."

L'image d'Alexandre le Grand est très populaire et s'est transmise dans notre culture par la peinture, la sculpture, l'archéologie, la littérature, l'opéra et même le cinéma.

La bataille dArbelles par Charles le Brun 1669
Bataille d'Arbelle par Charles le Brun (1669)

Dans cette peinture classique de Charles le Brun, le roi est présenté au centre, resplendissant et glorieux au milieu de ses ennemis et de ses hommes. C'est un exemple de cette postérité qui est souvent à l'avantage du personnage d'Alexandre.

usercloseinfo-circlegroupangle-downellipsis-vgraduation-cap