Terminale
2h

Sur cette page, qui a été écrite en pensant plus particulièrement aux élèves de Terminale, vous pourrez :

  • Découvrir la notice consacrée à Socrate (Ve siècle av. J-C.), figure fondatrice pour les principales grandes écoles philosophiques grecques, dans un recueil de biographies d'hommes de lettres grecs et latins publié par l'imprimeur lyonnais Jean de Tournes en 1559.
  • Réfléchir à l'iconographie de Socrate et à la question particulière que pose la figuration d'un sage exemplaire, pourtant marqué par la laideur physique, selon les traditions littéraires diverses qui en ont livré le souvenir.

I - Découvrons une notice de la Renaissance sur la figure de Socrate

SOCRATES PHILOSOPHVS ATHENIENSIS

portrait Socrate Jean de Tournes 2
Jean de Tournes, Insignium aliquot uirorum icones, Lyon, J. de Tournes, 1559, p.68 (Gallica).

À la Renaissance, on aime représenter les grands hommes sous forme de « médaillons » : des bustes inscrits dans un cercle, souvent entourés d'une inscription, et qui rappellent les profils figurant sur les monnaies antiques, qu'on se met alors à étudier.

A/ Quelles sont vos premières impressions à la vue de ce médaillon représentant Socrate ?

Vous allez découvrir la notice de Jean de Tournes sur la vie de Socrate progressivement. Tout au long de cette page, vous trouverez des aides à la traduction, des explications sur le contenu de la notice et des questions pour tester vos connaissances !

Socrates Atheniensis Philosophus Sophronici lapidarii ex Phanareta obstetrice filius, claruit Olympiade octogesinta sexta.

Concernant la généalogie de Socrate, la notice s'inspire de l'écrivain grec Diogène Laërce, Vie et doctrines des philosophes illustres, qui date du IIIe s ap. J.-C. et constitue une source très utilisée à la Renaissance. Diogène s'appuie lui-même sur les informations livrées par Platon dans le dialogue du Théétète (149 a).  Mais en réalité, nous ne sommes pas certains de l’existence de Phanarète. Dire que la mère de Socrate est une sage-femme crée un écho avec la célèbre maïeutique de Socrate, c’est-à-dire sa méthode « d’accouchement des esprits ».

Une Olympiade correspond à une période de quatre ans, entre deux Jeux olympiques. La première Olympiade date de 776 av. J.-C. ; l’Olympiade 86 correspond donc à 432-428 av. J.-C.

Question 1 :

"claruit Olympiade octogesima sexta" : selon vous, à quoi ce passage correspond-il dans la vie de Socrate ?

Audiuit Archelaum Physicum. Primus omnium de moribus disserere cœpit, philosophiam e caelo ad  res humanas conuertendo, cum ipse præter caeteros suo tempore mortales, et uita castissimus et moribus patientissimus fuerit. Exempla utriusque rei constant.

Archélaos de Milet était un des maîtres de Socrate, surnommé « Le Physicien » pour ses recherches sur la nature. On trouve également la mention d’Archélaos chez Diogène Laërce dans la notice sur Socrate.

Question 2 :

Analysez la forme "conuertendo" :

Les superlatifs castissimus et patientissimus seront développés par deux anecdotes dans la suite du texte, comme l’indique la phrase suivante : Exempla utriusque rei constant.

Nam et patientiam Gellius pulchro scommate refert. Cum uxorem Xantippem contumacius ac clamosius in se agentem diu tolerasset, postremo aqua ab ea esset perfusus, coepit ridens dicere : “Sciebam Xantippem tonantem quandoque, pluituram”.

Le caractère de la femme de Socrate est évoqué chez Aulu-Gelle (Gellius dans la notice, auteur du IIe siècle av. J.-C.), livre I, chap. 17 et dans le livre XVIII (perdu) des Nuits attiques. Aulu-Gelle est un érudit, grammairien et compilateur latin. Il a écrit les Nuits Attiques, composées de vingt livres, en regroupant des anecdotes, des citations ou des remarques faites au cours de ses lectures. Il nous est précieux car il nous donne des citations de textes perdus.

Question 3 :

Analysez les formes suivantes : "agentem" ; "ridens" ; "tonantem"

Castitatis illud ab Aeliano memoratur, quod Zopyrus Physiognomus dixisse fertur, Socratem ex physiognomia omnium libidinosissimum esse. Ciuibus autem tanquam falsa loquutum eum ridentibus, Socrates minime mentitum dixit, sed naturae uim se animae uirtute attulisse.

La mention de Zopyros se trouve chez Cicéron, De Fato, livre IV, chap. 5. Elien est un auteur grec. Dans ses Histoires Diverses, il parle de Socrate de temps en temps, mais rien ne se rapporte à Zopyros.

La physiognomonie, vue comme une science dans l’Antiquité, consiste à analyser le caractère d’une personne en fonction de son physique.

 Cicero tamen non lasciuum, sed bardum ac mente stupidum et obtusum dicit.

L'interprétation que la notice fait de Cicéron  sur la stupidité de Socrate semble mauvaise. En effet, Cicéron a plutôt tendance à dire l’inverse.

Nihil unquam eum scripsisse constat, sed eius dissertationes a Platone commemorantur.

Question 4 :

Combien d'écrits Socrate nous a-t-il laissés ?

Question 5 :

Citez au moins deux textes où Platon met en scène son maître Socrate.

Dæmonem se habere fatebatur qui ei futura praediceret.

Le démon de Socrate est évoqué chez Platon dans son Apologie de Socrate : « Ce qui m’en a empêché, Athéniens, c’est ce je ne sais quoi de divin et de démoniaque, dont vous m’avez si souvent entendu parler, et dont Mélitus, pour plaisanter, a fait un chef d’accusation contre moi » (traduction de Victor Cousin).

Voici comment l'auteur Elien en parle dans ses Histoires Diverses, livre VIII, chap. 1 : « Ce démon, leur dit-il, est une voix divine, que souvent le destin me fait entendre; lorsqu'elle frappe mes oreilles, c'est toujours pour m'empêcher d'agir sans jamais me porter à agir. » (traduction de M. Dacier).

Accusatus postremo ab Atheniensibus quod de Diis male sentiret, ac in carcere causam dicere iussus, neglexit, et Lysiae orationem elegantissimam respuit, ut scribit Cicero libro I de Oratore.

Question 6 :

De quoi Socrate a-t-il été accusé ?

Imitatus est homo Romanus et consularis ueterem illum Socrate, qui cum omnium sapientissimus esset, sanctissimeque uixisset, ita in iudicio capitis pro se ipse dixit, ut non supplex aut reus, sed ut magister ac dominus uideretur esse iudicum.

Le passage de Imitatus est jusqu’à uideri a été repris mot pour mot du De Oratione de Cicéron, livre I, LIV (p.509). Cicéron ne donne pas la source de cette anecdote.

Question 7 :

Analysez la forme "imitatus est".

Quinetiam cum ei scriptam orationem disertissimus orator Lysias attulisset (quam, si ei uideretur, edisceret, ut ea pro se in iudicio uteretur) non inuitus legit, et commode scriptam esse dixit.

Question 8 :

Quel était le métier de Lysias ?

Sed (inquit) ut si mihi calceos Sicyonios attulisses, non uterer, quamuis essent apti et habiles ad pedem, quia non essent uiriles : sic illam orationem disertam sibi et oratoriam, fortem et uirilem non uideri.

Question 9 :

Avez-vous saisi le sens de cette comparaison développée dans les lignes ci-dessus ?

Hactenus Cicero qui pluribus persequitur historiam Socratis.

Cette phrase montre bien que seul un passage de Cicéron a été repris et non tout le texte.

Ab Atheniensibus autem condemnatus, cicutam hausit, ex quo diem obiit.

Question 10 :

Qu’est-ce que la ciguë ?

II - Réfléchissons à l'iconographie de Socrate

portrait Socrate Jean de Tournes 1
Jean de Tournes, Insignium aliquot uirorum icones, Lyon, J. de Tournes, 1559, p.68.

Au vu de la notice éditée par Jean de Tournes et des différentes sources dont elle s’inspire, Socrate apparaît comme un personnage vertueux : il a une belle âme. Cependant, il est souvent décrit comme n’ayant pas un beau visage. Il serait ainsi le contre-exemple de la physiognomonie. Ainsi, Zopyros, fidèle à ses convictions de physiognomoniste, suppose à Socrate une âme laide, en rapport avec sa laideur physique. Celle-ci est évoquée par de nombreux auteurs de toutes époques. En voici trois exemples :

Platon, philosophe des Ve- IVe siècle av. J.-C., qui a suivi l'enseignement de Socrate, écrit ainsi dans Le Banquet (215) : Καὶ φημὶ αὖ ἐοικέναι αὐτὸν τῷ σατύρῳ τῷ Μαρσύᾳ (« Je prétends ensuite qu’il ressemble particulièrement au satyre Marsyas », traduction de Victor Cousin). Jugez par vous-même s’il s’agit là d’un compliment en observant la représentation suivante de Marsyas.

Vase satyre png
Apollon et Marsyas, cratère attribué au peintre de Pothos (vers 430-410 av.J.-C.), Londres, British Museum

Diogène Laërce écrit dans ses Vies et doctrines des philosophes illustres : « [Socrate] jugeait bon aussi que les jeunes gens se regardent continuellement dans un miroir, afin que, s’ils sont beaux, ils en deviennent dignes, et que s’ils sont laids, ils dissimulent sous leur éducation leur vilaine apparence. » Socrate cachait-il donc sa laideur derrière son éducation ?

Friedrich Nietzsche écrit dans La Naissance de la tragédie (éd. Gallimard, 1949, coll. "Folio/Essais", n°32, 1986, p.214) : « […] il est important que Socrate soit le premier grand Hellène qui ait été laid ; car en lui tout est symbolique. »

Regardons pour finir une autre représentation de Socrate. Il ne s'agit plus d'un médaillon gravé mais d'une peinture de grande taille. Cette huile sur toile est « un tableau d'histoire », un type de tableaux alors considéré comme très noble dans la hiérarchie des genres picturaux. Il saisit une scène donnée comme exemplaire, et qu'indique le titre du tableau : La Mort de Socrate. Son auteur, le peintre néo-classique Jacques Louis David (1748-1825), a peint de très nombreux tableaux d'histoire, dont les sujets ont souvent été pris dans l'Antiquité, comme L'Enlèvement des Sabines ou Le Serment des Horaces et des Curiaces. Il a aussi réalisé des tableaux mémorables qui mettent en scène des événements contemporains : Le Serment du jeu de Paume, Le couronnement de Napoléon Ier.

B/ Quelles sont vos premières impressions à la vue de ce tableau ? Comparez-les avec ce que vous inspirait le médaillon en haut de la page. Qu'en pensez-vous ?

David The Death of Socrates 1
http://www.metmuseum.org/art/collection/search/436105

Observez la façon dont Socrate a été représenté sur ce tableau néo-classique. Cette scène représente Socrate quelques instants avant sa mort sur un mode sublime. Il discute avec ses disciples sur l’immortalité de l’âme, dialogue rapporté dans le Phédon de Platon : ἃ εἴ μοι δίδως τε καὶ συγχωρεῖς εἶναι ταῦτα, ἐλπίζω σοι ἐκ τούτων τὴν αἰτίαν ἐπιδείξειν καὶ ἀνευρήσειν ὡς ἀθάνατον [ἡ] ψυχή. (« Si tu m’accordes cela et si tu conviens que ces choses en soi existent, j’espère alors que je trouverai et te ferai voir la cause qui fait que l’âme est immortelle. », traduction de Victor Cousin).

Son visage serein montre qu’il accepte la mort. Son physique lui-même est sublimé : remarquez par exemple la présence de cheveux, contrairement à la représentation du médaillon, ou encore la musculature mise en lumière par la nudité partielle. La sagesse de Socrate est mise en avant par la couleur blanche de sa tunique. Sa doctrine idéaliste est représentée par son index pointé vers le ciel. 

Socrate est donc volontairement sublimé : il est le sage par excellence qui enseigne et édifie, « beau » jusque dans l'acceptation d'une mort injuste.

Parfois, des parallèles ont été proposés entre la figure de Socrate, martyr de la philosophie, et celle du Christ, injustement sacrifié.

C/ Que pouvez-vous encore remarquer concernant la composition de ce tableau : place de Socrate par rapport aux autres personnages, postures des personnages, jeux de lumières et de couleurs, rôle symbolique de l'objet présenté à Socrate ?

Par Mathilde Perdreau et Aglaé Robert
, étudiantes en L3 Lettres classiques
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