Hésiode, dans sa Théogonie (Naissance de l'univers et des dieux), faisait de l'Amour, Éros, l'une des trois divinités primordiales de notre monde. Autant dire que les histoires d'amour sont vieilles comme le monde. Et quel meilleur conteur qu'Ovide pour nous les raconter ?

Sur ces pages, vous pourrez...

  • découvrir, à travers quatre histoires tirées des Métamorphoses d'Ovide, quatre aspects de l'amour :
    • Daphné et Apollon : l'amour non-réciproque,
    • Europe et Jupiter : l'amour extraordinaire,
    • Mars et Vénus : l'amour volage,
    • Baucis et Philémon : l'amour parfait
  • étudier et apprécier la poésie d'un poète majeur de l'Antiquité, Ovide directement dans le texte grâce à l'étude préalable d'une gravure de la Renaissance illustrant le poème ;
  • acquérir une riche culture autour de la représentation poétique et iconographique de l'amour et des Métamorphoses ;
  • défendre à votre tour, au travers d'un exercice d'écriture, une vision de l'amour.

Avant de découvrir ces histoires, lisez cette brève introduction sur Ovide et sa poésie

Ovide

Ovide, né en 43 avant J.-C. et mort en 18 après J.-C., s’est adonné toute sa vie à la poésie. Dans sa jeunesse, il suit une formation rhétorique : son père le destine à une carrière juridique, mais Ovide préfèrera se consacrer tout entier à l'écriture poétique, vivant des revenus que lui rapportent ses propriétés.

1- Un poète alexandrin

Les écrivains latins sont profondément imprégnés de la littérature grecque. C’est le cas d'Ovide, qui fait partie, avec Virgile, des deux poètes les plus connus de l'Antiquité romaine.

Ovide est marqué par la poésie grecque dite « alexandrine » ou hellénistique, qui a beaucoup inspiré les poètes latins de l’époque classique. Le représentant le plus important de cette poésie grecque est Callimaque (poète du IIIe s. av. J.-C.) qui résidait dans la ville d’Alexandrie, un centre culturel majeur de l’époque (d’où la dénomination de poésie « alexandrine »). La poésie de Callimaque, et celle des poètes grecs puis latins qui se situent dans son sillage, est une poésie savante, qui joue sur les références mythologiques et la réécriture de mythes. L’amour y a une part très importante : des héros célèbres sont mis en scène dans leurs aspects sentimentaux, voire triviaux. La poésie alexandrine a aussi un goût prononcé pour l'étiologie (le questionnement sur l'origine des choses, or les Métamorphoses donnent souvent ce type d'explication).

On retrouve ces différents traits chez Ovide.

2- L'amour dans la poésie d'Ovide

L’amour est un thème central de la poésie d’Ovide. Il le décline sous toutes ses formes, allant de la mise en scène des sentiments du poète à celle de figures mythologiques en proie à la passion.

Le premier recueil poétique d’Ovide s’intitule Les Amours. C’est un recueil d’élégies, poèmes écrits dans la forme particulière du distique élégiaque (un hexamètre dactylique, vers traditionnel de l’épopée, suivi d’un pentamètre, vers plus court). À la suite de deux autres grands poètes latins, Properce et Tibulle, Ovide, dans ce recueil, s’exprime à la première personne et met en scène ses amours avec une femme supposée à laquelle il donne le nom de Corinne. La part de mise en scène et de jeu littéraire est évidente : on ne peut pas prendre ses poèmes pour des confidences amoureuses directes.

Il écrit ensuite les Héroïdes (-15 à 2 ap. J.-C.). Ce sont des lettres fictives dont les auteurs supposés sont le plus souvent des héroïnes mythologiques qui se plaignent d’avoir été abandonnées par leur amant. Ovide réécrit en se concentrant sur les souffrances de la passion les mythes dans lesquels s’inscrivent ses personnages : par exemple, Pénélope écrit à Ulysse qu’elle ne tire aucun bénéfice de la chute de Troie puisqu’il n'est toujours pas rentré à Itaque. Enfin, Ovide compose l’Art d'aimer (1 ap. J.-C.), un traité sur l'art de séduire qui parodie les traités didactiques. Cependant, cette œuvre au caractère érotique paraît dans un contexte défavorable : Auguste, en instituant son régime, mène une politique morale qui punit l’adultère et restreint toutes les pratiques jugées immorales.

3- Les Métamorphoses

C'est le chef-d’œuvre d'Ovide, composé entre 1 et 8 après J.-C. Il le termine juste avant son exil forcé au bord de la Mer noire (dans l'actuelle Roumanie) où il écrit la dernière partie de son œuvre : les Tristes et les Pontiques.

Les Métamorphoses sont un long poème de forme épique dans lequel Ovide cherche à raconter tous les récits de métamorphoses (transformations d'un être en un autre) de la mythologie gréco-romaine. Cependant, comme vous le verrez, Ovide ne se limite pas à ce thème : il aime, la plupart du temps dans des récits enchâssés, raconter des histoires qui sortent du cadre de la métamorphose et traitent d'amour en particulier.

Les Métamorphoses sont un savant mélange de genres, qui va de l'épopée à la poésie amoureuse élégiaque, en passant par la poésie didactique, la tragédie...

4- Postérité

Cependant, grâce à la meilleure partie de moi-même, je serai porté, immortel, au dessus des astres et mon illustre nom jamais ne s'effacera. Où que la puissance de Rome s'étende sur les terres qu'elle domine, je serai lu par la bouche du peuple, et par la renommée, au long des siècles, si les présages des poètes ont quelque vérité, je vivrai.

Ovide, Métamorphoses, XV, v.875-879. Traduction IMAGO.

Tel est le vœu que formule Ovide en conclusion de son œuvre. Autant dire qu’il a été exaucé. Le succès des Métamorphoses est immédiat. Le poème est appris dans les écoles, lu en public, tantôt critiqué, tantôt révéré par ses contemporains. En bref, le succès est total mais surtout durable. Le texte est lu de façon ininterrompue, en particulier au Moyen Âge que l’on considère même parfois comme un âge ovidien (aetas ouidiana). À travers les âges, le poème a été constamment traduit, réécrit, illustré.

À la Renaissance, Ovide est très lu et apprécié. Montaigne tient à son sujet ces propos :

Le premier goût que j’eus aux livres, il me vint du plaisir des fables de la Métamorphose d’Ovide. Car, environ l’âge de sept ou huit ans, je me dérobais de tout autre plaisir pour les lire : d’autant que cette langue était la mienne maternelle, et que c’était le plus aisé livre que je connusse, et le plus accommodé à la faiblesse de mon âge à cause de la matière.

Montaigne, Essais, I, 26, "De l'institution des enfants".

Et son exemple n’est pas unique. Entre peintres, sculpteurs, prosateurs, poètes mais aussi imprimeurs et graveurs, les Métamorphoses habitent très largement le paysage de la Renaissance. C'est notamment le cas des gravures que vous vous apprêtez à étudier.

Le recueil illustré de la Métamorphose figurée (Lyon, 1557)

Les gravures que vous découvrirez dans les pages suivantes ont été réalisées par un graveur très apprécié à la Renaissance, Bernard Salomon. Il a travaillé pour l'imprimeur lyonnais Jean de Tournes. Il a contribué à illustrer plusieurs livres destinés à donner envie à un public plus large de découvrir des textes littéraires ou humanistes. Ces livres ont la particularité de reposer essentiellement sur des images. Dans La Métamorphose figurée, le grand poème d'Ovide est décomposé en « scènes » qui occupent chacune une page.

Daphne page entiere
Exemple de la manière dont se présente une page de la Métamorphose figurée, parue à Lyon chez Jean de Tournes en 1557, gravures de Bernard Salomon (Gallica).

La gravure au centre illustre un moment (ou parfois plusieurs) capital du mythe concerné. Un titre indique ce dont il s'agit. Huit vers français évoquent le passage, et il ne s'agit pas d'une traduction pure et simple de vers d'Ovide. Enfin, le tout est entouré d'encadrements raffinés, qui varient au fil des pages. Ces motifs n'ont pas de rapport avec l'histoire mais contribuent à la beauté de l'ouvrage. L'emploi du français, la réduction des Métamorphoses à de courts fragments poétiques, la place première donnée à l'illustration indiquent que le souci premier est de plaire, de « récréer » l'œil et l'esprit d'un public élargi. Cet ouvrage a inspiré d'autres graveurs et plus largement, des artistes qui s'en sont inspirés pour réaliser des motifs décoratifs de meubles, tapisseries...

Pour un usage pédagogique, nous avons remplacé sur nos pages le poème français de la Métamorphose figurée par des vers d'Ovide en latin, relatifs à la scène représentée.

Il est temps de découvrir une histoire

Quatre histoires s'offrent à vous :

  • L'histoire de Daphné et Apollon, qui vous apprendra que l'amour est la plus blessante des armes.
  • L'histoire d'Europe et de Jupiter : l'amour, pour toucher, prend parfois des chemins inattendus.
  • L'histoire de Mars et Vénus, ou la façon dont Vulcain s'est vengé de l'adultère de sa femme.
  • L'histoire de Baucis et Philémon, un paysan et une paysanne vertueux qui reçoivent la visite inattendue de Jupiter et Mercure.

Choisissez-en une en cliquant sur la vignette correspondante.

Bonne lecture !

Références bibliographiques

  • Edition de référence : Ovide, Les Métamorphoses, texte établi et traduit par G. Lafaye, Paris, les Belles Lettres, 1991 (septième édition revue et corrigée par H. Le Bonniec)
  • J.-M. Frécaut, L'esprit et l'humour chez Ovide, Grenoble, 1972.
  • I. Jouteur, Jeux de genres dans les Métamorphoses d'Ovide, Louvain-Paris, 2001.
  • B.R. Nagle, "A trio of Love-Triangles in Ovid's Metamorphoses", Arethusa 21, 1988, p.75-98.
  • John Scheid, « La métamorphose dans l’antiquité gréco-romaine. Autour des Métamorphoses d’Ovide. », Collège de France, 14 octobre 2011.
    https://www.college-de-france.fr/site/colloque-2011/symposium-2011-10-14-14h45.htm
  • H. Vial, La métamorphose dans les Métamorphoses d'Ovide. Etude sur l'art de la variation, Paris, 2010.
  • B. Weiden Boyd (éd.), Brill's Companion to Ovid, Leiden-Boston-Köln, 2002.

Par Thierno Barry
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