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Amours et Métamorphoses

Hésiode, dans sa Théogonie (Naissance de l'univers et des dieux), faisait de l'Amour, Éros, l'une des trois divinités primordiales de notre monde. Autant dire que les histoires d'amour sont vieilles comme le monde. Et quel meilleur conteur qu'Ovide pour nous les raconter ?

Sur ces pages, vous pourrez...

  • découvrir, à travers cinq histoires tirés des Métamorphoses d'Ovide, cinq aspects de l'amour :
    • Daphné et Apollon : l'amour non-réciproque
    • Europe et Jupiter : l'amour extraordinaire
    • Mars et Vénus : l'amour volage
    • Baucis et Philémon : l'amour parfait
    • Les Héliades : l'amour fraternel.
  • découvrir la vie, l'œuvre et l'univers poétique d'un poète majeur de l'Antiquité
  • étudier et apprécier la poésie d'Ovide directement dans le texte grâce à l'étude préalable d'une gravure illustrant le poème
  • acquérir une riche culture autour de la représentation poétique et iconographique de l'amour et des métamorphoses
  • envisager la riche tradition dont ces poèmes sont à l'origine, de l'Antiquité jusqu'à nos jours
  • défendre à votre tour, au travers d'un exercice de rédaction, une vision de l'amour.

Avant de découvrir ces histoires, lisez cette brève introduction sur Ovide et sa poésie

Ovide

Ovide, né en 43 avant J.-C. et mort en 18 après J.-C., s’est adonné toute sa vie à la poésie. Dans sa jeunesse, il suit une formation juridico-politique dont il ne fait pas usage, préférant vivre des revenus que lui rapportent ses propriétés. Ainsi, libre de toutes obligations, il consacre l’intégralité de son temps à l'écriture poétique.

I- Un poète alexandrin

Les écrivains latins sont souvent profondément imprégnés de la littérature grecque. C’est ainsi le cas de l’un des plus grands poètes latins de l’Antiquité : Ovide.

Ovide est marqué par la poésie grecque dite « alexandrine » ou hellénistique, qui a beaucoup inspiré les poètes latins de l’époque classique, à partir notamment du poète Catulle (Ier s. av. J.-C.). Le représentant le plus important de cette poésie grecque est Callimaque, poète du IIIe s. av. J.-C. qui résidait dans la ville d’Alexandrie, un centre culturel majeur de l’époque (d’où la dénomination de poésie « alexandrine »). La poésie de Callimaque, et celle des poètes grecs puis latins qui se situent dans son sillage, est une poésie savante, très allusive, qui joue sur les références mythologiques et la réécriture de mythes. L’amour y a une part très importante : des héros célèbres sont mis en scène dans leurs aspects sentimentaux, voire triviaux. La poésie néo-alexandrine a aussi un goût prononcé pour l'étiologie (le questionnement sur l'origine des choses).

On retrouve ces différents traits chez Ovide.

II- L'amour dans la poésie d'Ovide

L’amour est un thème central de la poésie d’Ovide. Il le décline sous toutes ses formes, allant de la mise en scène des sentiments du poète à celle de figures mythologiques en proie à la passion.

Le premier recueil poétique d’Ovide s’intitule Les Amours. C’est un recueil d’élégies, poèmes écrits dans la forme particulière du Distique élégiaque (un hexamètre dactylique, vers traditionnel de l’épopée, suivi d’un pentamètre, vers plus court). À la suite de deux autres grands poètes latins, Properce et Tibulle, Ovide, dans ce recueil, s’exprime à la première personne et se plaît à mettre en scène ses amours avec une femme supposée à laquelle il donne le nom de Corinne. Pour Ovide, le caractère de mise en scène littéraire, artificielle, est très appuyé ; on ne peut pas prendre ses poèmes pour des confidences amoureuses directes.

Il écrit ensuite les Héroides (-15 à 2 ap. J.-C.). Ce sont des lettres fictives dont les auteurs supposés sont le plus souvent des héroïnes mythologiques qui se plaignent d’avoir été abandonnées par leur amant. Ovide réécrit dans un contexte érotico-sentimental les mythes dans lesquels s’inscrivent ses personnages : par exemple, Pénélope écrit à Ulysse qu’elle ne tire aucun bénéfice de la chute de Troie puisqu’il n'est toujours pas rentré à Ithaque. Enfin, Ovide compose l’Art d'aimer (1 ap. J.-C.), un traité sur l'art de séduire qui parodie les traités didactiques. Cependant, cette œuvre au caractère hautement érotique paraît dans un contexte alors défavorable : Auguste, en instituant son régime, mène une politique morale qui punit l’adultère et restreint toutes les pratiques jugées immorales.

III- Les Métamorphoses

C'est le chef-d’œuvre d'Ovide, composé entre 1 et 8 après J.-C., qu’il termine juste avant son exil forcé au bord de la Mer noire (dans l'actuelle Roumanie) où il écrit la dernière partie de son œuvre : les Tristes et les Pontiques.

Les Métamorphoses sont un long poème de forme épique dans lequel Ovide cherche à raconter tous les récits de Métamorphoses de la mythologie gréco-romaine. Cependant, comme vous le verrez, Ovide ne se limite pas à des histoires de métamorphoses : il aime, la plupart du temps dans des récits enchâssés, raconter des histoires qui sortent du cadre de la métamorphose et traitent d'amour en particulier.

S'il s'agit, formellement parlant, d'un poème épique, les Métamorphoses sont un savant mélange de genres, allant de l'épopée à la poésie amoureuse élégiaque, en passant par la bucolique, la poésie didactique, la tragédie...

IV- Postérité et héritage

Cependant, je serai porté au dessus des astres par la meilleure et éternelle partie de mon être, et mon illustre nom ne s’effacera jamais. Où que la puissance de Rome gouverne les territoires dominés, je serai lu par la voix du peuple ainsi que par Réputation tout au long des siècles. Si les présages des poètes ont quelque chose de vrai, je vivrai.

Ovide, Métamorphoses, XV, v.871-879. Traduction IMAGO.

Tel est le vœu que formule Ovide en conclusion de son œuvre. Autant dire qu’il a été exaucé. Le succès des Métamorphoses est immédiat. Le poème est appris dans les écoles, lu en public, tantôt critiqué, tantôt révéré par ses contemporains. En bref, le succès est total mais surtout durable. Le texte est lu de façon ininterrompue, particulièrement au Moyen Âge que l’on considère comme une aetas (un âge) ovidienne. Les Métamorphoses jouent un rôle de passeur de la culture gréco-latine à travers les âges et le poème a été constamment traduit, réécrit, voire illustré.

À la Renaissance, Ovide ne démérite pas aux yeux des humanistes. Montaigne tient à son sujet ces propos :

Le premier goust que j’eus aux livres, il me vint du plaisir des fables de la Metamorphose d’Ovide. Car, environ l’aage de sept ou huict ans, je me desrobois de tout autre plaisir pour les lire : d’autant que cette langue estoit la mienne maternelle, et que c’estoit le plus aisé livre que je cogneusse, et le plus accommodé à la foiblesse de mon aage à cause de la matiere. Car des Lancelots du Lac, des Amadis, des Huons de Bordeaus, et tel fatras de livres à quoy l’enfance s’amuse, je n’en connoissois pas seulement le nom, ny ne fais encore le corps, tant exacte estoit ma discipline.

Montaigne, Essais, I, 26.

Et son exemple n’est pas unique. Entre peintres, sculpteurs, prosateurs, poètes mais aussi imprimeurs et graveurs, les Métamorphoses habitent très largement le paysage de la Renaissance. C'est notamment le cas des gravures que vous vous apprêtez à étudier.

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Cinq histoires s'offrent à vous :

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Bonne lecture !

Références bibliographiques

  • Edition de référence : Ovide, Les Métamorphoses, texte établi et traduit par G. Lafaye, Paris, les Belles Lettres, 1991 (septième édition revue et corrigée par H. Le Bonniec)

(N.B. Nous avons, dans la grande majorité des cas, retraduit les textes nous-même)

  • J.-M. Frécaut, L'esprit et l'humour chez Ovide, Grenoble, 1972.
  • I. Jouteur, Jeux de genres dans les Métamorphoses d'Ovide, Louvain-Paris, 2001.
  • B.R. Nagle, "A trio of Love-Triangles in Ovid's Metamorphoses", Arethusa 21, 1988, p.75-98.
  • John Scheid, « La métamorphose dans l’antiquité gréco-romaine. Autour des Métamorphoses d’Ovide. », Collège de France, 14 octobre 2011.
    https://www.college-de-france.fr/site/colloque-2011/symposium-2011-10-14-14h45.htm
  • H. Vial, La métamorphose dans les Métamorphoses d'Ovide. Etude sur l'art de la variation, Paris, 2010.
  • B. Weiden Boyd (éd.), Brill's Companion to Ovid, Leiden-Boston-Köln, 2002.

Par Thierno Barry
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